Archives quotidiennes : octobre 12, 2025

Les procès de Longpré: un siècle et demi de querelles seigneuriales à Haramont (1606-1787)

"Le couvent a le malheur d'avoir pour voisin le seigneur d'un château appelé les Fossés" (extrait des notes d'un avocat du prieuré de Longpré)

À Haramont, petit village du Valois blotti contre la forêt de Retz, s’est déroulée, pendant plus de cent cinquante ans, une guerre d’un genre particulier. Pas une guerre d’armes, mais une guerre de parchemins, de bornes et de mots.

Les procès qui opposèrent les religieuses de Longpré et les différents seigneurs des Fossés contiennent tous les ingrédients des « bons » romans judiciaires de l’Ancien Régime. Tout y passe : usurpations de terres et de censives, droits de justice, moulin bâti sans autorisation, droits honorifiques, droit de chasse, altercations, menaces et violences, avec, cerise sur le gâteau, les guerres de Religion en toile de fond !

À travers ces querelles locales — condensé exemplaire des tensions entre communautés religieuses et seigneuries laïques — se dessine un tableau saisissant de la société d’alors : un monde où chaque borne, chaque moulin, chaque mesurage ou déclaration de terre pouvait devenir l’objet de chicanes interminables, arbitrées par un véritable mille-feuille d’instances judiciaires.

Le prieuré de Longpré

Fondé avant 1180 par Aliénor, comtesse de Vermandois, le prieuré de Longpré, situé dans la vallée de Baudrimont, appartenait à l’ordre de Fontevrault, cet ordre double où moines et moniales vivaient séparément sous la direction d’une abbesse. Aliénor avait doté en 1208 le monastère de quatre fiefs: Baudrimont, Roinel, Bailly et Segard (1). Ces fiefs étaient soigneusement arpentés et bornés pour « assurer la paix avec Agathe de Pierrefonds ».

On procédait régulièrement à des vérifications de ces bornes et à des arpentages, en présence des seigneurs voisins dont les fiefs jouxtaient ceux de Longpré, tant les contestations étaient fréquentes ! Dès 1284, Robert de la Muette, Pierre d’Eschancu dit des Fossés, Manassier de Vé et Colart d’Éméville accusent le prieuré d’avoir usurpé le pâturage nommé « La garde Bally ». D’autres arpentages, rendus nécessaires par les ravages causés par la guerre de Cent Ans, sont réalisés en 1397 (c’est justement l’année où un document nous apprend que l’église d’Haramont « est de présent toute descouverte et en grant ruyne… ») et 1401.

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