Archives mensuelles : janvier 2014

La « Grand’Maison » de l’évêque Pierre d’Ailly à Morienval (1400)

Le nom du cardinal Pierre d’Ailly est familier des habitants de la région de Compiègne, où un lycée porte son nom. Originaire de Compiègne, Pierre d’Ailly possédait des biens aux alentours, et notamment à Morienval. En parlant du « fief de la Grand’Maison », également appelé le « fief de Chastres », situé à Morienval, l’historien du Valois Carlier écrit d’ailleurs : « J’ai lu dans un dénombrement de 1400 que ce fief fut à maître Pierre d’Ailly, évêque de Cambrai ». Aubrelicque, dans une étude biographique sur le Cardinal d’Ailly, paru dans un Bulletin de la Société Historique de Compiègne, mentionne le même document, qu’il date de 1402 et qualifie de vente.

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Effectivement, deux copies d’un tel document existent et sont conservées aux Archives Nationales, dans les archives de l’apanage d’Orléans (Archives Nationales, R4/101). Carlier a raison sur la date, puisque l’acte a été rédigé en septembre 1400, mais Aubrelicque a raison sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un dénombrement: il s’agit d’une donation. L’un des deux exemplaires du document, daté de septembre 1400 et rangé dans une liasse concernant le fief de « La Grand’Maison » ou « de Chastres » à Morienval, nous montre « Pierre, évêque de Cambray, comte de Cambrésis«  donner aux religieux de Saint-Pierre-en-Chastres une « maison jardin vivier vingne grange et coulombier et tout le lieu Monseigneur l’évêque avoit séans en la ville de Morgneval », ainsi que les revenus (cens, rentes, revenus) qui s’y rattachaient. Ce don n’avait d’autre contrepartie que le devoir pour les religieux de Saint-Pierre-en-Chastres de faire dire 3 messes par an pour le roi, une pour Pierre d’Ailly, et une pour Colart d’Ailly et sa femme Péronne, ses père et mère. Un autre document de la même liasse, daté du 15 septembre 1400, nous apprend qu’il s’agit d’un fief et l’inféode aux religieux de Chastres.

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Le Valois féodal : le fief du Petit Autreval à Pierrefonds

Il y avait à Pierrefonds sous l’Ancien Régime un grand nombre de fiefs, d’importance variable (le Grand Autreval, Champbaudon, Branges et Haucourt, Ruisseaux, la Follye, Le Bois des Darrideaux, Belliole, Bournonville, Hermerel, Verneuil, …) L’histoire de ces fiefs est en partie connue grâce à des séries de documents féodaux conservés en série R4 aux Archives Nationales, et grâce aux minutes des notaires des XVIIè et XVIIIè siècle. Parmi ces fiefs, le Petit Autreval, dont l’hôtel seigneurial était situé au lieu qui est toujours connu aujourd’hui sous ce nom.

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Situation du Grand et du Petit Autreval à Pierrefonds © Géoportail, IGN

Introduction

Le fief du Petit Autreval était l’un des deux fiefs situés à Pierrefonds qui relevait de la seigneurie de Montgobert (avec le fief de Bournonville) . Aucun droit n’était attaché à ce fief. Le revenu des cens attachés au domaine concédé était de quatre deniers par essin. L’histoire du Petit Autreval est assez bien connue grâce à plusieurs aveux et dénombrements conservés aux Archives Nationales et aux Archives Départementales de l’Oise.

Maison seigneuriale Lire la suite

Toponymie et microtoponymie à Pierrefonds

Grâce au nombre très important de documents fonciers anciens qui sont parvenus jusqu’à nous (notamment des minutiers notariaux très complets et des séries d’aveux et dénombrement féodaux pour le XVIè et le XVIIè siècle) plus de 200 microtoponymes anciens ont pu être identifiés sur l’ensemble du terroir de Pierrefonds, la plupart correspondant à des lieux non habités. Parmi les plus anciens, il y a notamment ceux cités dans un dénombrement du fief de Ruisseaux daté de 1500 mais recopié sur un dénombrement plus ancien de la fin du XIVè ou du début du XVè siècle.

Pierrefonds, extrait du cadastre actuel © GEOPORTAIL

Un grand nombre des microtoponymes recensés sont antérieurs au XVIIè et XVIIIè siècles. Certains, cités dès le XVè siècle sont encore présents sur le cadastre de la première moitié du XIXè siècle disponible en ligne sur le site des Archives Départementales de l’Oise (La Croix Néret, le Cornouiller, La Hayette, …), d’autres avaient déjà disparu au début du XVIIè siècle (Les Trois Seaulx) ou ont disparu au cours du XVIIè siècle (La Feste du Mont, La Haute Borne, …). Certains lieudits, mentionnés sur le cadastre de la première moitié du XIXè siècle, n’apparaissent jamais dans les minutes notariales du XVIIè siècle (le Château Théodore): des sondages supplémentaires dans les minutes notariales du XVIIIè siècle permettraient sans aucun doute de dater leur apparition. Aucun toponyme n’est apparu entre le cadastre de la première moitié du XIXè siècle (dit napoléonien) et aujourd’hui. Lire la suite

Jean de Longueval, capitaine du château de Villers-Cotterêts, et sa seigneurie de Chavres (1569 – )

Après un premier billet consacré à Guillaume du Sable, le deuxième est consacré à un autre personnage du Valois qui a fréquenté durant une grande partie du XVIè siècle la cour des rois de France : Jean de Longueval, qui fut capitaine de Villers-Cotterêts et de la forêt de Retz, et écuyer tranchant des rois Henri II et François II.  Les deux personnages se connaissaient puisque Guillaume du Sable rédige une épitaphe pour Jean de Longueval dans « La Muse Chasseresse », dans laquelle on apprend qu’il serait mort (en 1583) à … 105 ans (ce qui, au vu des autres éléments biographiques en notre possession, semble plus que douteux) et aurait servi … 6 rois (Guillaume du Sable se targuait quand à lui d’en avoir servi pas moins de 8, depuis François 1er) :

Cent cinq and j’ai vécu, ô bel âge
Heureux, ayant l’honneur d’avoir servi six rois,
Dont généreusement j’ai milité sous trois
Quarante ans pour le moins, jusqu’au chenu pélage,
Pour mon commencement, fis mon apprentissage
Dessous Louis douzième, à Ravenne, où j’étois
Ce bon roi mort, je vins à ce grand roi François
Puis à Henri second, son fils, prince très sage.
les trois autres rois sont les enfants d’icelui;
François, Charles, Henri, régrant pour le jourd’hui;
Et sous lequel acquis j’ai cette sépulture
Car ayant atteint l’âge de la décrépité,
Où l’homme enfant revient, par la mort suscité,
Pour payer le tribut à l’humaine nature.

Jean de Longueval a fait l’objet de deux notices, dans un Bulletin de la Société Historique de Villers-Cotterêts publié en 1964, l’une d’A. Moreau-Néret et l’autre de R. PatryJean de Longueval n’était pas originaire du Valois : les différents documents le mentionnant indiquent que si il possédait dans le Valois la seigneurie de Chavres (aujourd’hui hameau de Vauciennes, Oise. Seigneurie acquise en 1569, voir ci-dessous), il possédait principalement la seigneurie de Montgeroult (Val d’Oise) par héritage de sa mère, Jeanne de Dampont, marié à un seigneur du nom de Longueval dont on ignore le prénom (on pourra à ce sujet se référer à la « Notice Historique sur Montgeroult », rédigé en 1873 par Loisel, curé de Montgeroult). Jean de Longueval possédait aussi la seigneurie de L’Espine (non localisée), ainsi que des fiefs dans le Santerre (Rethonvillers, Le Quesnel). Il ne possédait en revanche pas le fief de la Muette, à Largny-sur-Automne, comme cela a pu être écrit par A. Moreau-Néret, puis rectifié par D. Rolland, qui a consulté aux Archives Nationales la liasse consacrée à la Muette conservée en série R4. La confusion vient peut-être du fait que La Muette avait appartenu à la famille de la femme de Jean de Longueval, les du Haste (famille d’origine roturière, originaire des environs de Gilocourt), avant d’être cédée à Louise de Longueval, fille de Jean, et son mari René de Blajan. Lire la suite