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Michel Gaillard, dit « de Dion » : un huguenot à Saint-Nicolas de Courson au XVIᵉ siècle

En 1568, la ville de Compiègne faillit tomber aux mains des huguenots. Un chroniqueur compiégnois, Claude Picart, rapporte qu’une troupe réformée tenta sans succès d’en forcer les portes, sous la conduite d’un capitaine qu’il désigne comme le « seigneur de Dyon ». Quelques années plus tard, ce même personnage apparaît encore dans la correspondance du prince de Condé, qui lui fait remettre quatre cents écus, signe de son rôle actif dans le parti réformé. Mais qui était ce « Dyon », chef protestant d’Île-de-France, mêlé aux troubles du Valois et du Soissonnais ?

Les archives livrent un nom : Michel Gaillard, écuyer, seigneur de Dion, parfois dit « de Longjumeau ». Au hasard d’actes notariés et de procédures judiciaires, ce gentilhomme apparaît à Saint-Nicolas de Courson, hameau forestier de l’Oise, où il résidait dans les années 1560. Ses traces, éparses mais significatives, permettent de reconstituer la silhouette d’un protestant engagé, oscillant entre ses attaches familiales, ses possessions et la tourmente des guerres de Religion.


La première mention : 1566

Un acte notarié du Châtelet de Paris, daté de 1566, désigne :

« Noble homme Michel Gaillard, escuyer, seigneur de Dyon en Xaintonge, demeurant ordinairement à Sainct Nicolas de Curson en la forest de Cuyse, près de Pierrefons, diocèse de Soissons, estant de présent en cette ville de Paris. »(1)

Dans cet acte, Gaillard concède à Raoul Duchesne, chanoine d’Amiens et archidiacre de Ponthieu, vingt sommes de gros bois annuelles, à livrer par voie d’eau, du port de Compiègne à celui de l’école Saint-Germain à Paris, aux frais du bénéficiaire. Cette donation est faite en reconnaissance « des bons et agréables services » rendus par Duchesne. Elle atteste que Michel Gaillard, seigneur de Dion, résidait alors principalement à Saint-Nicolas de Courson.


La veuve Françoise de Cochet : 1586

Le 16 novembre 1586, Françoise de Cochet, veuve de Michel Gaillard et remariée à Charles de la Bove, écuyer, vend une maison à Saint-Nicolas de Courson à Abdenago de Cochet, écuyer, seigneur de Javage et de Fresnoy-le-Luat, et à son épouse Charlotte de Montaigny (2).

Dans cet acte, Gaillard est encore qualifié d’« écuyer, seigneur de Dion ». Françoise agit également au nom de Valentin Gaillard, sans doute son fils, lui aussi écuyer et seigneur de Dion, qui résidait alors à la cense de Warnivillers (Rouvillers, Oise), dépendant de l’abbaye d’Ourscamp. La maison vendue correspond vraisemblablement à celle que Michel occupait déjà en 1566.


Le fief de Gilocourt : 1569

Le 8 octobre 1569, Françoise de Cochet hérite d’un fief à Gilocourt, à la suite du décès de sa mère Claude Girard, épouse de Christophe de Cochet (3). Le procureur du roi ordonne toutefois la saisie du fief, tenu « par Dion de Longjumeau à cause de sa femme », au motif que les époux « appartenaient à la religion » et que « Dion » avait « toujours porté les armes contre le roi ».

Ces accusations se trouvent confirmées par le témoignage de Claude Picart : le « seigneur de Dyon » fut en 1568 le capitaine d’une compagnie de huguenots qui avaient essayé de prendre, sans succès, la ville de Compiègne. Le même seigneur de Dyon est encore mentionné en août 1575, quand le prince de Condé, chef des réformés, ordonne de lui faire remettre 400 écus. On avait donc affaire, en la personne de Dyon, à l’un des chefs huguenots de la région.

Si l’issue du litige concernant le fief de Gilocourt reste incertaine, un acte de Charles IX mentionne Michel Gaillard, « seigneur de Dion », auquel il est accordé pardon « pour avoir porté les armes contre le roi » (BnF, ms. fr. 4594). Ce document confirme son engagement huguenot et ouvre des perspectives nouvelles pour la recherche.


La cense de Babeuf : 1561

Un acte conservé aux Archives départementales de l’Oise nous apprend qu’en 1561, les religieux de Saint-Éloi de Noyon baillèrent pour 98 ans leur cense de Babeuf à « noble homme Michel de Gaillard, écuyer, seigneur de Dyon, demeurant à Appilly », conjointement avec deux laboureurs de Babeuf, Nicolas Leclerc et Sébastien Carpentier (AD Oise, H 1972). On relèvera que parmi les charges incombant aux nouveaux fermiers figurait celle de reconstruire les bâtiments de la cense, brûlés et détruits pendant les guerres avec les huguenots.

Cependant, un conflit éclata rapidement : dès le mois d’avril 1561, une sentence du bailliage de Noyon condamna les fermiers à payer aux religieux les redevances dues (AD Oise, H 1983). Un nouveau bail fut consenti en 1569 à d’autres exploitants, ce qui laisse supposer que Gaillard ne conserva pas longtemps ce fermage.


Un seigneur de Dion… mais lequel ?

L’acte de 1566 le qualifie de seigneur de Dion en Saintonge. On pourrait l’identifier avec le fief de Dion sis à Chérac (Charente-Maritime), où subsiste un château du XVIᵉ siècle. Toutefois, la seigneurie appartenait alors à la famille de Lestang, sans lien connu avec les Gaillard.

Par ailleurs, il est parfois nommé « Dion de Longjumeau », ce qui évoque la branche Gaillard possessionnée dans cette ville au XVIᵉ siècle. Les généalogies connues mentionnent plusieurs Michel Gaillard successifs, mais aucun ne correspond parfaitement : ni seigneur de Dion, ni époux de Françoise de Cochet.


Les héritiers d’un bâtard de la maison de Longjumeau ?

En 1613, une Françoise de Gaillard, fille de Quentin, seigneur de Dion, et de Diane d’Herselin, apparaît mariée à Adrien de Fontaines(4). Puis, pendant plusieurs décennies, la trace des descendants de Michel Gaillard semble se perdre.

C’est la recherche de noblesse ordonnée en 1667 par l’intendant Dorieu dans la généralité de Soissons qui fournit un nouvel indice décisif. Un certain Michel Gaillard, se disant « seigneur du Breuil », est alors condamné le 21 juillet 1667 au motif que son bisaïeul – dont le prénom n’est pas précisé – aurait été un bâtard de la maison de Longjumeau. À ce titre, il est déchu de sa noblesse. Mais Gaillard interjette appel et parvient à démontrer que ce bisaïeul avait été légitimé par le roi, ce qui lui vaut d’être rétabli dans sa qualité noble. Faut-il voir en ce « seigneur du Breuil » un descendant direct du seigneur de Dyon ?

Le fief du Breuil n’a pas pu être localisé avec certitude. Toutefois, l’Armorial général dressé par d’Hozier mentionne bien « Michel de Gaillard, escuier, seigneur du Breuil », domicilié dans l’élection de Crépy-en-Valois. Ses armoiries, quoique différentes, rappellent étroitement celles de la branche de Longjumeau, renforçant l’hypothèse d’un lien familial.

Cette mention de légitimation mérite une attention particulière. Un document daté de janvier 1567, conservé à la BnF, atteste la légitimation de Michel Gaillard, fils naturel de Charles Gaillard et de Nicole Souier, « lors de la conception du suppliant soluz et non mariez ». Fait troublant, l’inventaire de la BnF qualifie ce Michel de « seigneur de Dyon », alors que l’acte lui-même n’emploie pas cette dénomination. Par ailleurs, aucun Charles Gaillard n’est connu à cette époque dans la généalogie des Gaillard de Longjumeau, ce qui laisse entière la question de l’identification.

Il n’en reste pas moins qu’au sein de la branche de Longjumeau, détentrice du fief du Fayel, apparaît une Anne de Gaillard, dite « de Dion », épouse de Paul Deschamps, seigneur de l’Archeville. Fille de Michel III Gaillard, seigneur de Longjumeau, et sœur de Michel IV, elle confirme que le toponyme « Dion » est bien associé à cette lignée.


Conclusion : une enquête ouverte

Les sources conservées permettent de dessiner le portrait de Michel Gaillard : gentilhomme protestant, seigneur de Dion, parfois surnommé « de Longjumeau », présent à Saint-Nicolas de Courson et engagé dans les conflits religieux de son temps. Pourtant, ses origines exactes et sa place dans la généalogie des Gaillard demeurent obscures.

Ainsi, l’énigme de ce seigneur huguenot reste entière et mérite des investigations complémentaires.


Notes et références

  1. Archives nationales, Y//107.
  2. Minutes de Mariage, notaire à Crépy-en-Valois, 16 novembre 1586.
  3. Bibliothèque nationale, manuscrits français 4594.
  4. Dictionnaire de la noblesse

Annexe – Généalogie des Gaillard, seigneurs du Breuil

I. Michel de Gaillard, seigneur du Breuil. Inhumé le 11 octobre 1672 à Noroy-sur-Ourcq.

Epousa en premières noces Marie de Vezier, d’où:

  • Michel Gaillard, né le 11 juin 1635 à Noroy-sur-Ourcq, qui suit.
  • Marie Gaillard, née le 17 décembre 1638 à Noroy-sur-Ourcq, décédée le 23 avril 1684 à la Ferté Milon (paroisse Saint-Pierre de Charcy). Epousa Jacques Alfort, dit du Verger.

Epousa en seconces noces Barbe de Fontaines, d’où:

  • Jacques Gaillard, né le 3 mars 1651 à Noroy-sur-Ourcq
  • Michelle Gaillard, née le 23 janvier 1652 à Noroy-sur-Ourcq
  • Hugues Gaillard, né le 12 décembre 1653 à Noroy-sur-Ourcq

II. Michel de Gaillard, seigneur du Breuil. Il épousa Marguerite de la Bretesche, d’où:

  • François de Gaillard, né le 20 mai 1669 à Hautevesnes, mort jeune.
  • Marguerite de Gaillard, née le 2 janvier 1671 à Hautevesnes, décédée le 1681 à Noroy-sur-Ourcq
  • Françoise de Gaillard, née le 11 août 1673à Hautevesnes.
  • Anne de Gaillard, mariée en premières noces le 2 juin 1699 à Acy avec François Leporc, écuyer, seigneur de Fauquemont, fils de François-Sébastien Leporc, écuyer, seigneur de Valrosée, et de Suzanne Roger. Mariée en secondes noces le 20 janvier 1706 à la Ferté-Milon avec Jean-François de Sacy.