Archives pour la catégorie Industries et artisanat

Hameaux de la forêt de Compiègne : Vaudrampont au temps de la réformation de la forêt de Cuise (1663).

Au milieu du XVIIᵉ siècle, la monarchie française engagea une vaste réorganisation de ses forêts royales. Ces espaces constituaient pour la Couronne une richesse économique et stratégique de premier ordre – fournissant bois de construction pour la marine, combustible, terrains de chasse, mais aussi revenus par les fermes et les concessions. Pourtant, leur gestion était fragilisée par une multitude de contestations : droits d’usage des communautés rurales (pâturage, glandée, ramassage du bois mort), installations artisanales (dont les verreries), prétentions seigneuriales fondées sur des possessions anciennes ou supposées « immémoriales ». Pour rétablir son autorité et assainir l’administration forestière, Colbert impulsa dès les années 1660 une grande réformation des eaux et forêts, confiée à des commissaires itinérants comme Guy Chamillart, maître des requêtes et commissaire général.

La forêt de Compiègne, alors dénommée « forêt de Cuise », fut directement concernée par ces réformations. En 1663, Chamillart procéda à un recensement systématique des droits, convoquant officiers et procureurs de la « maîtrise des eaux et forêts de Cuise », seigneurs et usagers afin qu’ils produisent leurs titres et justifient leurs prétentions. Ces opérations sont documentées par une série de procès-verbaux conservés aujourd’hui aux Archives nationales sous la cote O/1/3800, qui constituent une source précieuse pour comprendre le déroulement concret de cette entreprise de contrôle et de rationalisation. On y trouve la trace des bornages, des confrontations entre particuliers et administration, mais aussi des arguments juridiques et rhétoriques mobilisés pour défendre des droits souvent fragiles.

Arch. Nat. O/1/3800

Dans ce cadre, l’affaire opposant Benjamin de Thouars, seigneur de Beauregard, au procureur du roi au sujet du hameau de Vaudrampont (alors orthographié « Baudrampont ») illustre la tension entre revendications seigneuriales et volonté monarchique de réduire les empiètements sur le domaine royal. Elle éclaire aussi, par la richesse de ses argumentaires et la décision finale, la manière dont la monarchie entendait redéfinir, consolider et défendre son patrimoine forestier au XVIIᵉ siècle. Dans le cadre du grand recensement des droits de propriété et d’usage en forêt de Compiègne en 1663, les particuliers qui prétendaient posséder des terres ou des privilèges d’exploitation devaient apporter la preuve de leurs droits face à l’administration royale. Benjamin de Thouars, seigneur de Beauregard et lieutenant pour le roi en la citadelle de Laon, affirme posséder le domaine de Baudrampont, d’une superficie de 24 arpents, hérité de ses ancêtres, qui en ont joui paisiblement « de tout temps immémorial ». Pour pallier l’absence de titres écrits – perdus, selon lui, lors d’une épidémie de « maladie contagieuse » ayant emporté sa tante, qui habitait alors la maison de Vaudrampont, et détruit les papiers de famille – il invoque la force probante des bornes visibles qui séparent son bien des bois du roi, présentées comme des marques de propriété suffisantes et « irréprochables ». À ce titre, il demande à être maintenu dans la jouissance de ses bois et pâturages, tout en sollicitant un délai de six mois pour tenter de retrouver d’éventuels titres supplémentaires. Cet exemple illustre à la fois la fragilité des preuves conservées par les propriétaires, la centralité des bornages dans les litiges fonciers et la tension constante entre usages privés et domaine forestier royal au XVIIᵉ siècle.

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Verreries et verriers en forêt de Compiègne et de Retz (XIVè – XVIIè siècle)

En 2011 l’association Genverre publiait dans sa revue « Eclats de Verre » (numéros 17 et 18) mon étude sur les verreries et les verriers en forêt de Compiègne et de Retz, du XIVè siècle au XVIIè siècle, basée sur un très grand nombre de documents inédits. Je publie ici cette étude dans une version corrigée, augmentée, et munie de liens hypertextes…

Introduction

Les textes montrent que les deux grands massifs forestiers du Valois que sont les forêts de Compiègne et de Retz (à la limite des départements actuels de l’Oise et de l’Aisne) ont abrité au moins depuis le XIVè siècle une importante proto-industrie de fabrication du verre. Alors que le cartulaire de l’Abbaye St Corneille de Compiègne mentionne des verriers dans le Compiégnois dès la fin du XIIè siècle puis vers le milieu du XIIIè siècle, que les prospections archéologiques et la toponymie avaient déjà confirmé l’existence ultérieure de plusieurs ateliers de verriers dans les forêts de Compiègne et de Retz, le dépouillement de plusieurs séries d’archives permet aujourd’hui de mieux connaître l’emplacement des fours et les verriers qui les ont exploités, ainsi que les liens et échanges noués avec les autres régions de production verrière. Plusieurs facteurs ont pu contribuer à la naissance et à l’essor de ces verreries : facteurs politiques et économiques (protection du pouvoir royal et religieux dans des massifs pourtant supposés relativement peu accueillant à l’égard des artisans, proximité du marché parisien), facteurs géographiques (disponibilité de ressources importantes en combustible et composants, carrefour entre les autres zones de production de Lorraine, de Bourgogne et de Normandie) et facteurs historiques (sédentarisation d’une importante famille de techniciens du verre, qui bénéficiait d’un réseau étendu : les verriers Cacquerel). C’est cette histoire des verreries des forêts de Compiègne et de Retz que retrace cet article.

Toponymie et activité verrière

L’activité verrière n’a paradoxalement laissé que peu de traces dans la toponymie de la forêt de Compiègne (autrefois forêt de Cuise), où seul le « Four d’en Haut » 1 en conserve le souvenir. En revanche, la toponymie de la forêt de Retz 2 rappelle l’existence de nombreux ateliers de verriers, notamment dans la partie nord-est de la forêt, à proximité de la route reliant Villers-Cotterêts à Soissons. Il y a ainsi en lisière de forêt, en bordure sud du village de Saint-Pierre-Aigle et en bordure est du village de Longpont deux lieux-dits « Les Fourneaux », qui communiquent par « La Laie des Fourneaux », via « Le Carrefour des Fourneaux ». Ces noms de lieux doivent être rapprochés d’une activité verrière : un lieu-dit « Les Verriers » jouxte la partie sud de la « Laie des Fourneaux ». Comme le montrent plusieurs cartes, cette partie de la forêt a longtemps porté le nom de « Garde des Montieux », en souvenir d’une famille de verriers qui s’y était établie au XVè siècle. Aujourd’hui encore une laie et un carrefour portent ce nom. En se déplaçant vers le sud-ouest et vers Villers-Cotterêts, il y a également « La Laie des Verriers » et le « Carrefour des Verriers », en pleine forêt, sur le territoire de la commune de Montgobert . Un peu plus à l’ouest, près de la croix Saint-Georges, on trouve « Le Four Robin », qui est à rapprocher de la présence à la fin du XVè siècle du verrier Robin Bucquet. « La Plaine Luquet », toute proche, pourrait prendre son origine dans une déformation de ce patronyme. A Villers-Cotterêts même, plusieurs documents, dont le plus ancien date de 1529, mentionnent le lieu-dit « La Vente aux Verriers » 3, c’est à dire une parcelle de bois destinée à être exploitée pour l’alimentation des fours. Enfin, à Pisseleux, le lieu-dit «Les Sablons de la Sente aux Verriers » témoigne de la présence de matières premières ayant permis l’implantation d’une ou plusieurs verreries entre le XIVè et le XVIè siècles, à l’endroit où est aujourd’hui implantée la zone d’activité dite « Les Verriers ». Lire la suite