Verreries et verriers en forêt de Compiègne et de Retz (XIVè – XVIIè siècle)

En 2011 l’association Genverre publiait dans sa revue « Eclats de Verre » (numéros 17 et 18) mon étude sur les verreries et les verriers en forêt de Compiègne et de Retz, du XIVè siècle au XVIIè siècle, basée sur un très grand nombre de documents inédits. Je publie ici cette étude dans une version corrigée, augmentée, et munie de liens hypertextes…

Introduction

Les textes montrent que les deux grands massifs forestiers du Valois que sont les forêts de Compiègne et de Retz (à la limite des départements actuels de l’Oise et de l’Aisne) ont abrité au moins depuis le XIVè siècle une importante proto-industrie de fabrication du verre. Alors que le cartulaire de l’Abbaye St Corneille de Compiègne mentionne des verriers dans le Compiégnois dès la fin du XIIè siècle puis vers le milieu du XIIIè siècle, que les prospections archéologiques et la toponymie avaient déjà confirmé l’existence ultérieure de plusieurs ateliers de verriers dans les forêts de Compiègne et de Retz, le dépouillement de plusieurs séries d’archives permet aujourd’hui de mieux connaître l’emplacement des fours et les verriers qui les ont exploités, ainsi que les liens et échanges noués avec les autres régions de production verrière. Plusieurs facteurs ont pu contribuer à la naissance et à l’essor de ces verreries : facteurs politiques et économiques (protection du pouvoir royal et religieux dans des massifs pourtant supposés relativement peu accueillant à l’égard des artisans, proximité du marché parisien), facteurs géographiques (disponibilité de ressources importantes en combustible et composants, carrefour entre les autres zones de production de Lorraine, de Bourgogne et de Normandie) et facteurs historiques (sédentarisation d’une importante famille de techniciens du verre, qui bénéficiait d’un réseau étendu : les verriers Cacquerel). C’est cette histoire des verreries des forêts de Compiègne et de Retz que retrace cet article.

Toponymie et activité verrière

L’activité verrière n’a paradoxalement laissé que peu de traces dans la toponymie de la forêt de Compiègne (autrefois forêt de Cuise), où seul le « Four d’en Haut » 1 en conserve le souvenir. En revanche, la toponymie de la forêt de Retz 2 rappelle l’existence de nombreux ateliers de verriers, notamment dans la partie nord-est de la forêt, à proximité de la route reliant Villers-Cotterêts à Soissons. Il y a ainsi en lisière de forêt, en bordure sud du village de Saint-Pierre-Aigle et en bordure est du village de Longpont deux lieux-dits « Les Fourneaux », qui communiquent par « La Laie des Fourneaux », via « Le Carrefour des Fourneaux ». Ces noms de lieux doivent être rapprochés d’une activité verrière : un lieu-dit « Les Verriers » jouxte la partie sud de la « Laie des Fourneaux ». Comme le montrent plusieurs cartes, cette partie de la forêt a longtemps porté le nom de « Garde des Montieux », en souvenir d’une famille de verriers qui s’y était établie au XVè siècle. Aujourd’hui encore une laie et un carrefour portent ce nom. En se déplaçant vers le sud-ouest et vers Villers-Cotterêts, il y a également « La Laie des Verriers » et le « Carrefour des Verriers », en pleine forêt, sur le territoire de la commune de Montgobert . Un peu plus à l’ouest, près de la croix Saint-Georges, on trouve « Le Four Robin », qui est à rapprocher de la présence à la fin du XVè siècle du verrier Robin Bucquet. « La Plaine Luquet », toute proche, pourrait prendre son origine dans une déformation de ce patronyme. A Villers-Cotterêts même, plusieurs documents, dont le plus ancien date de 1529, mentionnent le lieu-dit « La Vente aux Verriers » 3, c’est à dire une parcelle de bois destinée à être exploitée pour l’alimentation des fours. Enfin, à Pisseleux, le lieu-dit «Les Sablons de la Sente aux Verriers » témoigne de la présence de matières premières ayant permis l’implantation d’une ou plusieurs verreries entre le XIVè et le XVIè siècles, à l’endroit où est aujourd’hui implantée la zone d’activité dite « Les Verriers ».

Si la plupart de ces emplacements correspondent à des sites cités par des documents d’archives, la toponymie révèle d’autres emplacements plausibles de verreries qui ne sont confirmés par aucun document, soit parce qu’ils correspondent à des occupations trop anciennes, soit parce que les installations ont été trop temporaires pour laisser des traces écrites qui soient parvenues jusqu’à nous. Ainsi à Taillefontaine, en bordure nord de la forêt de Retz, il y avait dès le XVIè siècle une propriété nommée « Les Fourneaux ». Cette propriété qui a disparu au XVIIIè siècle a pu abriter à l’origine un four à verres 4 puisqu’il y avait également à Taillefontaine un fief nommé « La Verrière », correspondant à un lieu d’habitation occupé dès le XIIIè siècle mais dont la localisation est aujourd’hui oubliée 5. A Antilly, à l’ouest de la forêt, Michel Philippe signale un autre lieu-dit « la Vente aux Verriers » 6. Il y a aussi un lieu-dit « Le Fournet » au milieu du buisson de Walligny, au sud d’Ivors, cité dès 1521. Enfin à Chouy, au sud-est de la forêt, l’existence d’un lieu-dit « Les Fourneaux » est à mettre en relation avec la présence en 1389 de Raoul le Bougre (ou plutôt Bouju), dit le Verrier, qui donna alors son fief situé à Chouy aux religieux de Bourgfontaine.

De ces divers éléments toponymiques on peut tirer plusieurs conclusions : d’une part l’ancienneté de la présence verrière en forêt de Retz 7 (corroborée par les documents d’archives) ; d’autre part le grand nombre et la mobilité des installations verrières et des verriers, étant donné la multitudes d’emplacements recensés.

Premières mentions documentées de l’activité verrière en forêt de Compiègne

Il n’y a que quelques mentions de verreries ou de verriers dans la région de Compiègne avant la fin du XIVè siècle. En 1174, « Berengerus vitrearius » et « Petrus vitrearius » sont témoins d’un acte de constitution de douaire 8. Ces verriers exploitaient vraisemblablement les fours de verriers (« furnos vitrearorium ») que se réserve Louis VII lorsqu’il cède en 1179 sa prévôté royale aux communiers de Compiègne 9. Où étaient situés ces fours ? A proximité de Compiègne, mais sans doute pas dans la forêt : au milieu du XIIIè siècle, « Garnier vitrarius », homme de plein hommage et de serment de l’abbaye de St Corneille 10, habite sur l’autre rive de l’Oise, à Venette. A la même époque, une autre liste des feudataires de Saint-Corneille de Compiègne, également non datée, mentionne également la femme de Jean le Verrier (Uxor Johannis le Vesrier plenum homagium et sacramentum) 11, qui doit être une proche parente de Garnier.En 1245, dans la liste des cens dûs à l’abbaye à Margny-les-Compiègne figure la « terre aux Verriers » (« terra ad vesriers« ) 11bis.

Y avait-il également des fours en forêt ? C’est possible, et même probable : Dans la liste des serfs du village de Pierrefonds, mentionnés dans leur charte d’affranchissement datée de 1264, Ghislain Brunel a trouvé la trace des verriers Robert et Ade11ter. En outre, certaines prospections de surface réalisées en forêt de Compiègne auraient permis d’inventorier un certain nombre de fours à verres datant de l’époque romaine, et pas moins de 21 fours pour la période du XIIè au XIVè siècle 12, témoignage capital de l’existence dans la région d’une industrie verrière très ancienne, à une époque où les documents sont rares voire inexistants.

Le « légendaire » Philippe Cacquerel, seigneur de St Immes

Les mentions ultérieures de verriers dans la région de Compiègne ne datent que de la seconde moitié du XIVè siècle. Le légendaire Philippe Cacquerel 13, qui aurait vécu vers 1330 et dont il a été dit qu’il était l’inventeur du procédé de fabrication du verre à vitres 14, était-il verrier en forêt de Compiègne ? Philippe Cacquerel, « seigneur de St Ymmes » et « premier inventeur du plat de verre », aurait en effet, nous dit-on dans un opuscule de 1693, reçu vers 1330 ou 1331 comme récompense du roi l’autorisation de faire établir une verrerie à la Fontaine-du-Houx près de Bézu-la-Forêt, en Normandie. Ceci est impossible à prouver mais un certain nombre d’arguments déjà publiés nous conduisent à penser que ce n’est pas le cas 15 et qu’il est probable qu’il s’agisse d’une des ces légendes inventées par certaines familles verrières normandes au XVIIè siècle pour justifier de l’ancienneté de leurs privilèges et de leur monopole sur certains modes de fabrication du verre.

Aux arguments déjà publiés nous rajouterons que c’est vraisemblablement à tort que « St Ymmes » a été assimilé au village de Saintines, à la lisière ouest de la forêt de Compiègne. Il s’agit d’un rapprochement effectué au XIXè siècle par Onésime Le Vaillant de La Fieffe, basé sur le fait qu’au milieu du XVè siècle, un Cacquerel exploitait une verrerie à proximité de Saintines. Mais aucun texte ne mentionne un Cacquerel comme seigneur de Saintines: à l’époque supposée de Philippe Cacquerel les familles de Cuignières et de Sermoise possédaient la seigneurie principale et aucun document ne prouve qu’un Cacquerel y ait possédé un fief secondaire 16. En revanche les Cacquerel normands ont bien possédé une partie d’un fief de St-Yme, Saintimes ou Saintyme en Normandie, ce qu’ignorait sans doute Onésime Le Vaillant. Gilles Cacquerel prend dans plusieurs documents de la première moitié du XVIè siècle le titre de « seigneur de St-Ymes » et on peut rapprocher cela du fait que son beau-père Massé du Buisson rend hommage le 31 mars 1501 pour un huitième de fief de haubert nommé le fief Saintyme, situé à Saint-Pierre-du-Neufmarché et Saint-Aubin-de-Corval16bis. La femme de Gilles Cacquerel, Jeanne du Buisson, avait donc dû hériter d’une part de ce fief au décès de son père Macé du Buisson. Aucun élément ne permet de rattacher ce fief normand de Saintyme à des Cacquerel, ou même ) des verriers, avant le XVIè siècle. Macé du Buisson était allié aux verriers par son mariage avec Marguerite de Brossard mais les différentes mentions du fief avant le XVIè siècle ne citent aucune famille verrière connue. Le 22 mars 1457, c’est Brandonnet de Hérouval qui rend hommage pour le fief. Avant la Guerre de Cent Ans, on connait un aveu du « fief Saint Yme assis en la ville et paroisse du Neuf Marchié en la chastellerie de Lions » rendu par Gautier de Bouchevilliers au nom de sa femme Roberge de Mansigny, et daté du 27 juin 1409.

La part de vérité dans la légende de Philippe Cacquerel est donc difficile à évaluer, et une fois passée aux cribles des données historiques objectives, il y a fort à parier qu’elle agglomère et transpose en Normandie des faits anachroniques relatifs à plusieurs personnages. 17 ?

Toujours est-il qu’une présence des Cacquerel en forêt de Compiègne ou de Retz avant la fin du XIVè siècle reste à prouver. Le dénombrement du duché de Valois en 1376 pas plus qu’aucun autre document avant cette date ne mentionne un Cacquerel 18. En outre, comme nous le verrons ensuite, certains comptes de 1372 et 1373 mentionnent un verrier qui n’est pas un Cacquerel. Il a été écrit que les Cacquerel étaient des normands : c’est possible car dès 1371 un Henri Cacquerel est verdier des forêts de Criquebec, en Normandie 19. Qu’il soit un Cacquerel ou non, il faut également souligner cette étonnante analogie de prénom – car il semble s’agir d’un prénom peu usité – entre cet  « Aadin le Verrier » ou « le Verdier » normand, qui achète du bois en 1313 à la Haye en Neufmarché puis produit en 1320 du gros verre blanc pour le manoir de la Feuillie, et le valoisien Oudin Cacquerel, qui vécut 130 ans plus tard au Four d’en Haut. Une analogie similaire conduirait à une autre hypothèse, celle d’une origine champenoise : un «seigneur Ouedon Caquerel » vécut dans la région de Reims au milieu du XIIIè siècle 20. Il possédait des terres près de Crugny où le cadastre conserve le souvenir du « Bois Caqueret  ». Concluons en notant que ces deux hypothèses ne s’excluent pas mutuellement : les migrations de nos verriers valoisiens, attestées dès le début du XVè siècle, avaient sans doute également cours dans les siècles qui avaient précédé : même si c’est au cours de ce XIIIè siècle que les patronymes se sont fixés il n’est impossible que dès cette époque la famille Cacquerel ait été présente à la fois – ou successivement – en Champagne et en Normandie.

Le premier document mentionnant de façon certaine un verrier travaillant en forêt de Compiègne est la vente au verrier Jehan Pierrecart en 1372 et 1373 de bois-mort au « chemin de Crespy » (c’est à dire le chemin de Compiègne à Crépy-en-Valois, qui traverse la forêt), puis en deux pièces « joignant des taillis du four aux voirres », afin qu’il puisse alimenter son four 21. Le combustible acheté se trouvant selon toute vraisemblance à proximité immédiate de l’atelier de Pierrecart, il est possible qu’il s’agisse d’une première mention de la verrerie de Vaudrampont 22, située au bord du chemin de Crépy, et dont le fonctionnement est avéré au siècle suivant.

En forêt de Retz c’est le nommé Beton qui tient en 1378 le « Four aux Voirres » 23. Ce four appelé ensuite « La Betonne » était situé en pleine forêt près des lieux mentionnés sur les cartes modernes comme « le Buton » et « le Carrefour du Buton », au sud de l’ancienne abbaye de Bourgfontaine. Une quinzaine d’années plus tard un conflit opposant l’administration des forêts à certains verriers de la forêt de Retz, qui exercent au « Four Paris », est tranché par lettres-patentes de Blanche, comtesse de Valois, en date du 20 novembre 1392. Par ces lettres, ces verriers conservent le droit d’exploiter leur Four-Paris plutôt que de déménager leurs fours à « La Betonne ». Elle accorde ainsi aux verriers « estant et demeurant en notre forêt de Rest » le droit de « de rester au lieudit le Four Paris, au lieu de muer les fours et habitations et yceulx faire au lieu que l’on dit la Betonne, aussy seroient-ilz en adventure d’estre dessers et mis à povreté, pour cause des grand frais et mises qu’il leur faudroit faire pour ce et soustenir » 24. Ordre est alors donné au concierge de Villers-Cotterêts et au châtelain de Viviers, maîtres et gardes de la forêt, qu’ils « laissent et sueffrent lesditcts verriers joir et user paisiblement, sans les violenter ou empescher pour ce en aulcune manière, au contraitre et leur deslivrent et baillent doresnavant ce qu’il leur sera de nécessité, et en la manière la moins dommageable pour ladicte forest, et plus proufitable que bonnement se pourra faire pour yceulx ». Moyennant le paiement de 6 francs d’or à l’année, les verriers jouiront de dix arpents de bois dans la forêt à ce « Four Paris » dont la localisation est inconnue, mais qui renvoie soit à une verrerie établie à proximité du chemin allant de Paris à Soissons (qui traverse la forêt de Retz) soit à un four approvisionnant le marché parisien. L’acte étant daté de Pisseleux, on peut penser qu’il concerne des verriers qui y sont établis. Le répit obtenu par ce groupe de verriers dut être bref : le four de la Betonne est finalement allumé quelques années plus tard, en 1399, quand Isabeau de Bavière autorise des verriers à « s’establyr en lyeu dict Beton prosche l’abaye » 25.

Enfin, un texte publié par à la fin du XIXè siècle dans le bulletin de la société historique et archéologique de Soissons rapporte, sans mention de sources, qu’à Chouy, à l’est de la forêt de Retz, Raoul le Bougre dit le Verrier avait donné en 1389 aux religieux de Bourgfontaine son fief de la maison du Fresne. Un document authentique que nous avons pu consulter nomme ce verrier « Raoul Bouju » 26. Il pourrait alors s’agir d’un verrier normand ou de l’ancêtre de certains verriers normands : au siècle suivant cette famille Bouju est présente avec les Cacquerel en forêt de Lyons 27.

Etablissement du Four d’en Haut par Raynaud Cacquerel

En cette fin de XIVè siècle l’histoire des verreries du Valois est marquée par les privilèges très importants obtenus par le verrier valoisien Raynaud Cacquerel. La charte originale accordant ces privilèges est aujourd’hui perdue mais il en est fait mention plusieurs décennies plus tard, lorsque les droits obtenus initialement par Cacquerel sont renouvelés en 1441 en faveur de son petit-fils Oudin. C’est à l’historien compiégnois Jean-François Léré (1761-1837) que nous devons de connaître la charte de 1441 28.

En guise de soutien à son entreprise, Raynaud Cacquerel s’était ainsi vu donner par le roi Charles VI (qui régna entre 1380 et 1422) un emplacement en forêt de Compiègne au lieudit « La Fortelle », où il pourrait faire édifier une maison et un four à verres, et pourrait surtout faire couper du bois de chauffage pour son four. Cette concession a ceci de particulier qu’elle ne se fait sans aucune redevance à payer, ce qui tranche avec les autres concessions en faveur de verriers effectuées à la même époque. Ce privilège important s’accompagnait en outre de la prise en charge du « bois, matières et vernis » pour bâtir la maison, d’un droit de pâturage pour ses « bestiaux, aumailles, porcs et autres bestials » et du don de chiens « pour la garde, sûreté de lui et ses gens ». Le lieu où s’établit Cacquerel prit ultérieurement le nom de « Four d’en Haut »  et est toujours habité de nos jours.

De quand dater ces privilèges ? La charte de 1441 rappelle que Raynaud Cacquerel a construit le four avec son fils aîné, également nommé Raynaud. Ce dernier avait atteint l’âge adulte à la fin du XIVè siècle ou au tout début du XVè siècle car son fils Oudin naît vers 1410. Ce serait donc à cette époque qu’il faudrait placer l’obtention par Raynaud Cacquerel des privilèges royaux. Or on sait que Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et frère de Charles V, effectua personnellement en 1396 deux visites au « Four aux Voirres » de la forêt, à l’occasion d’un séjour à Compiègne. Un compte de l’époque 30 mentionne à la date du 6 juillet : « disner au four aux voirres en la forest avec madame et fut gister à Cuise, et ma dite dame revint gister à Compiègne » puis à la date du 18 juillet « disner au Four aux Voirres avec mondit Antoine Monsieur ». Il est probable que par « Cuise », le rédacteur du document désignait l’abbaye de « Saint-Jean-aux-Bois-en-Cuise », comme elle était parfois appelée dans les documents de l’époque 31, toute proche de Vaudrampont et du futur emplacement du Four d’en Haut. Nul doute qu’il existe un lien entre ces visites et les privilèges obtenus par Raynaud, qui était peut-être à cette époque l’associé ou le successeur de Pierrecart à la verrerie de Vaudrampont. Par ailleurs, l’importance des privilèges – qui récompensent et soutiennent vraisemblablement une innovation technique majeure – nous conduit à penser que si il faut trouver dans la légende de Philippe Cacquerel le souvenir de faits historiques alors il est possible qu’elle fasse référence à ce verrier valoisien du nom Raynaud Cacquerel.

De toutes ces mentions qui s’étalent sur une période courte (1372, 1378, 1392, 1396 et 1399) on retiendra une activité importante de production de verre dans la région de Compiègne: pas moins de cinq emplacements de fours (en forêt de Compiègne : le chemin de Crespy et la Fortelle, en forêt de Retz : le Four Paris, la Betonne et sans doute Chouy) et plusieurs familles les exploitants (Cacquerel, Bouju, Pierrecart et Buton). On retiendra également la mention primitive des Cacquerel 32 : comme l’ont déjà souligné de nombreux chroniqueurs locaux 33, l’histoire des verreries qui ont fonctionné entre le XIVè et le XVIIè siècle à proximité des forêts de Compiègne et de Retz est étroitement liée à cette famille. Seule famille verrière autochtone du Valois, d’une remarquable sédentarité, sa présence continue dans ces massifs est avérée de la fin du XIVè siècle à la fin du XVIIè siècle. Les Cacquerel ont en outre attiré auprès d’eux des verriers de tous horizons et ont contribué à faire des forêts de Compiègne et de Retz un pôle important de production. Par la diversité d’origine du personnel de ses verreries, et par un jeu continuel d’alliances matrimoniales témoignant d’une forte endogamie professionnelle, ce pôle a maintenu de nombreux relations avec les autres régions de production, proches (forêt de Laigue, forêt de Saint-Gobain, Tardenois) ou plus lointaines (Normandie, Thiérache, Argonne, Lorraine, Bourgogne et Nivernais).

Les Cacquerel, piliers de la production verrière valoisienne

Si on ne sait ce qu’il advint des verriers Pierrecard, Buton, Bouju et de leurs descendants, il faut attendre 1441 pour trouver à nouveau mention des verriers Cacquerel du Four d’en Haut 34: les privilèges attribués autrefois à Raynaud Cacquerel sont en effet renouvelés le 11 mars de cette année par lettres de Charles VII datées de Lévignen, en faveur de son petit-fils Oudin 35. Cette date marque le retour des verriers dans un Valois qu’ils avaient fui alors qu’il était ravagé à fois par la guerre entre Bourguignons et Armagnacs et par la guerre de Cent Ans. Dans sa supplique, Oudin Cacquerel, « jeune homme âgé de trente deux ans ou environ chargé de femme et de trois enfants » 36 rappelle les privilèges accordés à son grand-père Raynaud, perdus à cause des guerres (« que comme à l’occasion des guerres la grâce que notre dit feu seigneur et père eut baillé audit feu Reynaud ayeul dudit suppliant ayant été réduit et adyrant (sic) tellement que y celui suppliant ne les puisse trouver »). Il rappelle également l’importance des travaux effectués pour construire le four, la maison et les divers hébergements « qui couteraient grande somme de deniers ». La ruine du four pendant les guerres du début du XVè siècle a empêché les Cacquerel de continuer la production de verre (« et par la fortune des guerres sont demeurés pour longtemps inhabités et sans y ouverer, et par ce moyen moulte déchus et empêchés ») et a forcé leur départ du Valois. A l’âge de quatorze ans, Oudin avait en effet quitté le Valois et rejoint une autre région de production (« ledit suppliant dès environ quatorze ans, s’est transporté hors du pays pour ouvrer »). Ce départ, qu’on peut donc dater de 1422 ou 1423 est logique : il fait suite à l’épidémie de peste de 1418, aux deux hivers très rigoureux de 1419 et 1420, puis à la prise du Valois par les Anglais en 1422 37. Il a entrainé une absence de près de vingt ans de la région: Oudin n’est de retour au Four d’en Haut qu’à la toute fin de l’année 1440 (« par la supplique il annonce être de retour depuis quatre mois ils sont retournés au pays ») afin de faire redémarrer la production (« remettre ledit four et appartenances et y celui en état d’y être ouvré et faire ouvrer des verres comme on a fait au temps passé »). Cette date est concomitante avec le retour de captivité de Charles d’Orléans, duc de Valois, et le début d’un repeuplement et d’une reprise de l’activité économique dans un Valois ruiné et déserté de la majorité de ses habitants 38. Elle aussi concomitante de la mention d’un autre Cacquerel, Jean, qui obtient en 1444 le rachat de son hôtel de Banru (voir note 48).

Les Cacquerel ont donc eu temporairement dans la première moitié du XIVè siècle des activités dans une ou plusieurs autres régions de production verrière.  Où ? Un certain Jean « Caquere » a participé vers 1420 dans le Nivernais à la création du Four Naudin, avec un Bérulle. Les associations et alliances ultérieures de la famille Cacquerel au XVè siècle se font plusieurs fois par la suite dans cette famille Bérulle 39 et plus généralement aux confins du Nivernais et du Berry: faut-il supposer que c’est là qu’Oudin avait trouvé refuge 40 ?

Oudin exploita par ailleurs, parallèlement au Four d’en Haut, ou ensuite, la verrerie de Blanche Tache, près de Saint Sauveur, dont on ne sait rien 41. Dès cette époque, il est probable que plusieurs sites furent utilisés successivement, en fonction des possibilités d’approvisionnement en bois (ce cycle, d’une durée probable de vingt à trente ans, permettait de reconstituer les réserves d’un lieu déjà exploité, avant d’y revenir).

Le fils d’Oudin, Nicolas Cacquerel 42, parfois nommé « maître Colart Cacquerel », reprit ensuite la verrerie du Four d’en Haut : il est dit en 1470 qu’il était « maître du Four d’en haut » 43 puis est il est condamné en 1472 à payer une amende de 30 livres tournois à la duchesse d’Orléans pour avoir pris des fougères en forêt de Retz comme « verryer demeurant au four de la forest de Cuise » 44, formulation qui laisse à penser qu’il n’existait qu’un seul four à verres en forêt de Compiègne, et que les différents emplacements (Vaudrampont, Four d’en Haut, La Follie) n’étaient pas exploités de manière concomittante. Nicolas, cité dans plusieurs autres documents de la seconde moitié du XVè siècle, possédait les fiefs des Dîmes et de Noue dans le village voisin de Gilocourt. Il laissa onze enfants (trois d’un premier mariage avec une épouse dont le nom ne nous est pas parvenu et huit d’un second mariage avec Jeanne de Montigny), dont quatre survécurent (Jean, Nicolas, Agnès et Jacqueline). L’aîné des enfants, Jean Cacquerel, n’a sans doute jamais travaillé le verre au Four d’en Haut : avant 1492 il exploitait la verrerie voisine de Vaudrampont, puis il crée la verrerie de la Follye, à Pierrefonds.

« Exil » de plusieurs verriers à la fin du XVè siècle

A la fin du XVè siècle, le verrier Guillaume Cacquerel, originaire du Valois, part s’établir en Normandie, à la verrerie du Lihut, en bordure de la forêt d’Eawy. Son fils Jean, seigneur de Vimont, marié en 1497 avec Jeanne Bouju est l’ancêtre de tous les verriers normands qui prirent le nom de Cacqueray. Guillaume, qu’un document dit « originaire de Crespy en Valois », et dont on sait qu’il était le fils d’un Jean Cacquerel non identifié, aurait également été seigneur de « la Folie en Valois ». Différents auteurs (Jean Tremblot, Onésime Le Vaillant de la Fieffe et Gaston de Cacqueray ) se sont penchés sur les origines de Guillaume Cacquerel, sans toutefois parvenir se déterminer 45. Par rapport à ce qui a déjà été écrit nous rajouterons plusieurs choses :

  • la femme de Guillaume Cacquerel ne s’appelait pas Antoinette du Bosc de Radepont – comme l’écrivent Gaston de Cacqueray et toutes les généalogies disponibles en ligne – mais Antoinette de Baudrampont, comme le montrent un certain nombre de mentions raturées dans les généalogies de la famille de Cacqueray conservées au Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale. Outre le fait que cela résout un anachronisme flagrant, qui rendait cette généalogie douteuse (les du Bosc n’ayant été seigneurs de Radepont qu’à partir du début du XVIè siècle), cela nous ramène en forêt de Compiègne à la verrerie de Vaudrampont (aussi orthographiée Baudrampont dans les textes anciens). Cela ne résout pas pour autant le mystère autour de l’origine de Guillaume de Cacqueray: un verrier du nom de Jean Cacquerel a bien déménagé son atelier de Vaudrampont à la Follye en 1494, mais sa lignée est ensuite suivie en forêt de Compiègne : il ne peut donc s’agir du Jean de Cacqueray qui épouse en 1497 Jeanne de Bouju en Normandie, et y fait souche.

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Mention d’ « Antoinette du Bosdrempont », femme de Guillaume de Cacqueray (Cabinet de d’Hozier 73)

  • Un document original mentionnant un Guillaume Cacquerel dans la région qui nous intéresse et à cette époque a été retrouvé : l’inventaire de titres trouvé au décès d’un seigneur nommé Brion, survenu au début du XVIIè siècle46 mentionne un contrat passé entre Michel de Brion et « nobles hommes » Jean et Guillaume de Cacquerel. Or Michel de Brion47 est bien identifié : écuyer du duc d’Orléans et seigneur de Banru (aujourd’hui commune de Montigny Lengrain, Aisne), il vivait dans la seconde moitié du XVè siècle et avait épousé en 1474 Mahiette de Cacquerel, fille unique d’un Jean Cacquerel et de Marie Bernard 48, qui la dotèrent du fief de Roy-Saint-Nicolas (aujourd’hui commune de Mortefontaine, Aisne). C’est donc à cette branche Brion/Cacquerel qu’il faudrait rattacher le verrier Guillaume, parti en Normandie.

Guillaume Cacquerel a eu une descendance dans le Valois : d’après Gaston de Cacqueray des preuves pour l’ordre de Malte rassemblées par Pierre de Février en 1631 mentionneraient son aïeul Guillaume Cacquerel et sa femme Antoinette du Bosc, ainsi que leur fille Marguerite, épouse de Jean de Brossart. Si les preuves complètes n’ont pas été retrouvées, elles sont néanmoins en partie confirmées par un tableau généalogique conservé à la Bibliothèque Nationale. Ce tableau fait effectivement apparaître dans l’ascendance de Pierre de Février les seigneurs de la Fosse (Morienval), et parmi eux, le couple Jean de Brossart – Marguerite « de Casqueray » – sans mentionner que Marguerite est la fille de Guillaume.

C’est également à la fin du XVè siècle qu’ Antoine de Cacquerel, « originaire du diocèce de Soissons » et également fils d’un Jean Cacquerel non identifié, épouse dans le Berry une demoiselle Ponnart, issue d’une famille de verriers basés à Ivoy. Antoine de Cacquerel s’établit ensuite à Saint-Fargeau, dans le Nivernais 49. Il était donc vraisemblablement un proche parent de Sylvine Cacquerel, qui habitait alors à Saint Fargeau avec son époux le verrier Thibault de Bérulle.

A une période où l’industrie verrière du Valois semble florissante, ces deux cas de migrations ne semblent pas devoir interprétées autrement que par une valorisation par les Cacquerel de leur compétences techniques et des réseaux formés tout au long du XVè siècle.

Contestation des droits d’usage du Four d’en Haut

Plusieurs procès instruits au XVIè siècle à la Table de Marbre du Palais à Paris – juridiction supérieure relative aux Eaux et Forêts – relatent des litiges concernant la possession du Four d’en Haut et les droits d’usage qui lui étaient attachés, ce qui montre que l’activité y perdura ou qu’au moins des tentatives de reprise de l’activité furent effectuées. Dès 1519, le marchand drapier parisien Pierre Girard et sa femme Jacqueline Cacquerel étaient en procès contre le procureur général du Roi afin d’obtenir la mainlevée des droits d’usage qu’ils prétendaient avoir au Four d’en Haut 50. Girard avait obtenu à la même époque la possession de trois parts sur cinq du four, après un premier litige avec son beau-frère Jean Cacquerel l’aîné 51.  Il s’agissait alors essentiellement pour Girard de faire reconnaître le droit d’usage concernant le bois de chauffage nécessaire au four à verres qui avait été accordé en 1441 à Oudin Cacquerel mais supprimé en 1519 ou peu avant. En cours de procédure, le neveu de Girard, Jean Cacquerel le jeune, « maistre verrier » (qui possédait à l’époque la verrerie de la Follye, à Pierrefonds),  avait obtenu subrogation pour reprendre le procès en lieu et place de Girard et de sa femme, les droits « par eulx prétendu » ayant en effet été cédés à Cacquerel. Il est habilement rappelé que ce dernier pouvait prétendre aux mêmes droits d’usage, comme « descendu de la ligne de feu Oudin Caquerel, en son vivant maistre verrier, auquel lesdits lieux et verrerie avoient esté donné par le roy Charles ». Il n’est pas fait mention d’une plus grande l’ancienneté de ces droits puisque ceux-ci étaient déjà mentionnées dans les privilèges de 1441. Girard envisageait donc de faire reprendre la production de verre au Four d’en Haut ou d’en diminuer le coût d’exploitation en obtenant une autorisation permanente d’utiliser le bois de la forêt, moyennant une modeste redevance. Avait-il jugé que sa requête aurait plus de chances d’aboutir si elle était portée par un verrier, descendant d’Oudin Cacquerel de surcroît ? Cacquerel avait-il pour intention d’arrêter la production de verres à la Follye, pour transférer le four à la Fortelle ? Ou même: avait-il l’intention de se faire reconnaître un droit d’usage à la Fortelle qu’il aurait pu utiliser pour continuer à faire fonctionner le four tout proche de la Follye ? A l’époque l’approvisionnement en bois du four de la Follye pouvait en effet poser problème, les 120 arpents de bois achetés en 1492 ayant sans doute été intégralement défrichés et consommés 52 il fallait trouver d’autres ressources en combustible, et éventuellement un autre emplacement. Le choix du Four d’en Haut, sans doute abandonné, pouvait se révéler judicieux de par les anciens privilèges qui y étaient attachés. Le jugement rendu par arrêt du 15 juillet 1532 53 déboute pourtant Cacquerel de sa requête: des droits d’usage pour le chauffage et le pâturage sont bien maintenus, mais pour un ménage seulement, et seulement pour l’habitation originelle (« la maison ancienne appelée le Four d’en Hault ») qui bénéficiait de ces droits. L’arrêt précise que ce devra être fait « sans frauder et sans abus ». Les habitations « es environs dudit ancien lieu » sont exclues de ce droit d’usage. Et en ce qui concerne « le four à verres », l’arrêt précise qu’en « tant que touche l’usaige et chaufaige prétendu pour ledit four à verres nous en avons débouté et déboutons ledit demandeur et en avons absoutz ledit procureur du roy ». L’issue de ce procès dénote donc une nouvelle attitude du pouvoir royal vis-à-vis des verriers, dont les privilèges sont supprimés ou considérablement réduits, comme c’est à nouveau le cas en 1537 pour le verrier Antoine Gaullier, qui n’obtint qu’un usage d’un an en forêt de Ris pour le chauffage de son four de Grisolles, à Beuvardes. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître les raisons qui avaient poussé le pouvoir à favoriser Philippe de Thézacq en lui octroyant un privilège viager en 1526.

Jean Cacquerel fit appel du jugement mais le verdict en appel (non retrouvé à ce jour) ne dut pas lui être favorable : dans les années qui suivent la famille de Jean Cacquerel continue à être mentionnée à Pierrefonds, et plus jamais au Four d’en Haut, où s’établissent les descendants de Pierre Girard et Jacqueline Cacquerel 54. Les droits d’usage confirmés en 1532 le furent à nouveau en 1544, par jugement du 20 mai 1556 en faveur de leur fille Claude Girard, puis à nouveau le 20 septembre 1571 55.

Vaudrampont

Dans un texte intitulé « Antiquités de Vaudrampont », sans doute rédigé entre 1815 et 1820 56, l’historien compiégnois Jean-François Léré livre une description précise de ce qu’il a vu à Vaudrampont au cours de ses recherches sur les hameaux et écart de la forêt de Compiègne : il relève l’existence de « scories nombreuses », de « débris de toute forme », et d’ « écume de verre imparfaite » (sic). Ces débris sont dispersés dans le clos de l’habitation principale de Vaudrampont, où était située l’ancienne maison seigneuriale, et s’étendent au-delà de l’enclos jusqu’au lieudit « le parquet de la Landeblin ». Léré décrit également ce qu’il pense être un système de récupération des eaux des sources et des mares, à l’usage de la verrerie.

En 1494 Jean Cacquerel l’aîné était verrier à Vaudrampont, qu’il quitta pour établir une verrerie à la Follye, près de Pierrefonds. Qu’était-il alors advenu de la verrerie de Vaudrampont ? Il n’en ait plus fait explicitement mention ensuite et il y a peu de mentions de Vaudrampont au XVIè siècle. Parmi elles, la constitution de rente effectuée à une date inconnue par une Marguerite Cacquerel et enregistrée au nécrologe de l’abbaye de Lieu-Restauré en ces termes : « obiit domicellae Marguarita de Quaqueret, qui dedit solvendos super suam domum Vaudrepont » 57. Soit il s’agit d’une sœur de Jean, décédée jeune, soit de la fille du Guillaume Cacquerel parti en Normandie, dont on sait qu’elle avait épousée le verrier Jean Brossart.

Il faut s’intéresser à deux ventes de maisons situées à Vaudrampont, effectuées par des membres de la famille Foucault, dont tout porte à croire qu’ils étaient des verriers. La maison seigneuriale de Vaudrampont est ainsi vendue en 1547 par Hugues Foucault (c’est la seule mention de ce personnage dans notre documentation) à Hugues de Thouars. En 1596 c’est une autre maison, proche de la première, qui est vendue par la veuve d’Antoine Foucault, seigneur d’Orrouy 58.
Hugues Foucault était-il le verrier de Vaudrampont ? C’est possible : les Foucault, seigneurs du village voisin d’Orrouy, arrivés du Gâtinais dans la première moitié du XVIè siècle sont issus d’une très ancienne famille de verriers 59. Il faut voir en Hugues le proche parent de plusieurs Foucault non identifiés mais liés aux familles verrières valoisiennes, présents dans la région au début du XVè siècle. Ainsi en 1525, Jean 60, Estiennel 61 et Louis 62 Foucault sont en procès contre le verrier Jean Cacquerel l’aîné, seigneur de Dampleu et maître de la verrerie de la Follye 63. En cette même année, « maistre Foucault voirrier » – dont un autre document nous donne le prénom : Jean 64 – possédait des terres aux Eluats, jouxtant à celles du seigneur d’Orrouy 65. Une Françoise Foucault, qui possédait également des terres aux Eluats 66, est dite « veuve de noble homme Jean Vaillant » dans un cueilleret de la seconde moitié du XVIè siècle. A la même époque, un nommé Jacques Foucault épouse une Cacquerel de la Folie, et le verrier Nicolas de Bérulle, établi en Thiérache, épouse une Françoise Foucault 67.

Création du four de la Follye à Pierrefonds

Le 10 novembre 1494, Jean Cacquerel, « demeurant alors en la voyerie de Vaudrampont » loue à un praticien et un marchand-boucher de Meaux l’hôtel de la Follye, situé à l’ouest de Pierrefonds, en allant vers le hameau de Palesne. Il loue également plus de 60 arpents de bois (les taillis de la Croix contenant 50 arpents et les bois du Couldray contenant 12 arpents) qui lui permettront de commencer à faire fonctionner son four. L’année suivante, il se fait ériger en fief par Jean de Crévecoeur, seigneur du fief de Belliole situé à Pierrefonds, 120 arpents supplémentaires de bois. Ce petit fief fut nommé « Danleu », en mémoire d’un village de la forêt de Retz (aujourd’hui Dampleux) où les Cacquerel avaient autrefois possédé un autre fief 68.

Le four de la Follye fonctionna alors au moins par intermittence, sous la direction de Jean Cacquerel, qui est dit « maître du four de la Follye » dans certaines déclarations censives de l’abbaye de Saint-Pierre en Chastres. Une série d’actes rédigés à l’occasion d’un litige entre les religieux de St Pierre en Chastres et la famille Cacquerel au sujet du paiement d’une rente permettent de suivre la famille sur plusieurs générations. Jean, qui avait épousé Jeanne Calois 69, et dont on peut penser qu’il était le verrier de Vaudrampont ; son fils Jean le jeune, qui avait épousé Jacqueline de Berthélémy, puis les quatre enfants de ce dernier: Gilles, Marguerite, épouse de Jacques de Foucault, Jeanne, épouse de Antoine de Coucon (?), et Louise, épouse du verrier Marc Dorlodot, originaire de l’Argonne. En 1573, les Cacquerel avaient quitté la Follye et le four avait été définitivement éteint 70 : Gilles Cacquerel était présent avec d’autres verriers à Faverolles, en forêt de Retz, en 1579. C’est également à Faverolles que Marc Dorlodot avait élu son nouveau domicile.

La famille BROSSART à Morienval

Hormis les familles Cacquerel et Foucault, les verriers Brossart sont également présents en forêt de Compiègne au XVIè siècle, à Morienval, où ils possédaient une maison. Cette maison appelée « la Fosse » appartenait en 1540 à « noble homme Jean Broissart, écuyer », qui détenait aussi le petit fief de Vaucourtois 71 et était l’un des premiers représentants de la famille dans la région (peut-être le fils de cette « veuve Broissart » citée au terrier de 1529 72). Où travaillaient ces verriers ? La proximité avec le four de la Follye et les liens familiaux noués avec les Cacquerel permettent de penser que c’est auprès des verriers de la Follye que travaillaient Jean Brossart (qui avait épousé une Marguerite Cacquerel) puis son fils Antoine (qui avait épousé Christine de Berthélémy de Bienville, sans doute une proche parente du couple Jean Cacquerel de la Follye – Jacqueline de Berthélémy72bis).

Un ou plusieurs membres de cette famille Brossart, déjà alliée aux Cacquerel à l’époque du mariage de Guillaume Cacquerel et de Marguerite de Brossart, étaient venus au début du XVIè siècle, peut-être de Normandie, pour travailler aux verreries de Carlepont et de Charlefontaine 73. Bien que d’autres Brossart normands vinrent occasionnellement grossir les rangs des verriers travaillant dans le Valois (à Pisseleux par exemple), c’est vraisemblablement d’une de ces branches de Carlepont ou de Charlefontaine que sont issus les Brossart de Morienval. Dans la seconde moitié du XVIè siècle « Michel Brossart » (certains documents disent « Michel Brossart dict Bryon », ce qu’il faut rapprocher de cette veuve « Brion Brossart » citée au terrier de 1529) possède des terres à Fossemont. En 1599, mention est faite au même lieu de « la maison des héritiers Henry de Brossart escuier où demeure Nicolas Leulliot » 74. Parmi ces héritiers, il y avait sans doute Madeleine de Brossart, femme du verrier Esmond de Brossart 75, que plusieurs documents qualifient de « seigneur de la Fosse ». Esmond habitait à Taillefontaine en 1603 puis à la verrerie de Charlefontaine en 1614 et 1620.

Un contrat de mariage du début du XVIIè siècle a permis d’établir une généalogie sommaire des Brossart de la Fosse. En 1602, Esmond de Brossart comparaît comme témoin au mariage de Madeleine de Grimonval avec le verrier Louis de Brossart 76. Il est le cousin germain de l’épouse car François de Grimonval, père de Madeleine, avait épousé une certaine Marguerite de Brossart. Et c’est grâce aux preuves grâce aux preuves de noblesse que son petit-fils a dû réunir pour être reçu chevalier de Malte 77 que leur ascendance est connue : Marguerite était la fille d’Antoine de Brossart et de Christine de Berthélémy de Bienville, et la petite fille de Jean de Brossart et de Marguerite de Cacquerel 77bis.

La verrerie de Fleury au XVè siècle

La fin de la Guerre de Cent Ans correspond vraisemblablement – comme en forêt de Compiègne – à une reprise de l’activité de production de verre en forêt de Retz. La première verrerie mentionnée alors est la verrerie de Fleury. Lorsque Jean de Fresnes rend l’aveu et le dénombrement de son fief de « Fleury-les-Dampleu » en 1475 78, il est en effet question d’une parcelle de terres labourables, séant « au dessus du Moustier », dans laquelle passe le « chemin du four aux woires ». C’est la seule mention de ce four, vraisemblablement actif en 1475, mais que les aveux ultérieurs – et notamment celui de 1487 – ne citent plus. On rapprochera ces maigres informations de la présence à Fleury en 1459 d’un Jean Cacquerel 79, dont on ne sait rien. On retiendra donc une possible activité verrière à Fleury entre 1459 et 1487, avec la participation d’un Cacquerel. La reprise d’une activité verrière à Fleury ne sera ensuite effectuée qu’en 1529, par le verrier Nicolas de Thezacq .

Qui était le Jean Cacquerel cité en 1459 ? Sans doute la même personne que ce Jean Coquerel (que d’autres documents nomment bien Cacquerel), qui avait racheté avec son épouse Ysabeline Testarde l’hôtel seigneurial de Bauru (Banru ?) en 1444 80, et dont on pense qu’il est le père du verrier Guillaume Cacquerel, parti en Normandie dans la seconde moitié du XVè siècle (ancêtre de tous les verriers normands du nom de Cacqueray). Le lien exact de parenté entre Jean Cacquerel de Fleury et les verriers du Four d’en Haut, actifs en forêt de Compiègne à la même époque, est inconnu. Nous avons vu qu’Oudin Cacquerel, à l’origine du redémarrage de la production de verres au Four d’en Haut en 1441 n’avait à cette date que des enfants en bas-âge : le fait que Jean Cacquerel de Fleury (marié avant 1444) soit son fils semble donc exclu 81. A la lumière de ces informations éparses et pour conclure, on peut émettre l’hypothèse d’un redémarrage concomitant de la production de verre après la guerre de Cent Ans, à la fois en forêt de Compiègne et en forêt de Retz, par deux verriers du nom de Cacquerel, qu’ils soient frères ou cousins.

Des fours en plein cœur de la forêt de Retz au XVè siècle

A part la verrerie de Pisseleux, dont il sera question ensuite, le peu de choses que nous savons des autres verreries de la forêt de Retz au XVè siècle est relaté par Ernest Roch, dans son « Historiographie des rues de Villers-Cotterêts ». Ces informations étant basées sur des sources non mentionnées, qui n’ont pu à ce jour être identifiées mais qui semblent crédibles, nous nous bornerons à reprendre ses dires. Ainsi en 1463, Robin et Jehan Bucquet 82, « maîtres verryers » sont autorisés « à establyr un four à vitrerye en lyeu prosche la Croix du Tresfond Sainct-Georges »: l’emplacement de ce four correspondant à n’en pas à douter au « Four Robin » toujours mentionné sur les cartes actuelles. Ernest Roch rapporte également que, peu de temps après, Robert et Raymond de Monthieult 83, « maistres verriers », auraient obtenu des moines de Longpont, « moiennans honnêtes redevances » le droit de prendre du bois pour leurs fours « establys près le grand chemin de Soissons ».

Il est probable que parallèlement à leur activité verrière, les Monthieux eurent – comme ce fut le cas pour les verriers Thezacq au siècle suivant – une charge relative à la gestion de la forêt de Retz 84: au XVIIè siècle on parlait encore de « la garde des Montieux », proche de la « fontaine des Montieux ». Il existait également un lieudit « les petits Montieux » et les cartes actuelles de l’IGN mentionnent toujours la « laie des Montieux » et le « carrefour des Montieux ». La toponymie permet donc de situer précisément les fours à verre de Robert et Raymond de Monthieult : ils étaient situés à l’extrême nord du territoire actuel de la commune de Fleury, à la limite avec Montgobert, à proximité de l’actuel poste de la maison neuve et du lieudit « le carrefour des verriers ». Ernest Roch ajoute enfin que les loups devinrent ensuite si nombreux en forêt que les verriers furent contraints de demander à « parachever leurs travaux de gobeletterye et vitrerye es bourg de Villiers Coste-rest ». Ce qui leur fut accordé : ils eurent le droit de s’établir « sur le pourpry méridan du fief Racyne en lez des logiz du rachasseur et du chienniz de la louveterye qui sont ruynez ». De là l’origine d’une verrerie située dans Villers-Cotterêts même.

La verrerie de Pisseleux

Quand à la verrerie de Pisseleux, elle est déjà citée plusieurs fois à la fin du XVè siècle et avait sans doute succédée à la verrerie de Jean Cacquerel à Fleury 85. En effet, les verriers Robert Cacquerel et Jean Brulle avaient loué avant 1494 à Jean de Santerre, seigneur du fief de la Tour à Pisseleux, une maison nommée l’hôtel du Cygne, au lieudit « devant la Pierre aux Poissons », et y avaient établi une verrerie. La redevance annuelle était dûe partiellement en nature (un faît de verre) et en numéraire (6 francs). A la mort de Jean de Santerre, cet hôtel est remis aux mains des religieux de Lieu-Restauré, qui le lui louaient à surcens. Ces derniers déchargent les héritiers de Jean de Santerre des 40 sols parisis de rente et poursuivent le bail de Cacquerel et Brulle.

Il faut voir en Jean « Brulle » un Bérulle venu du Perche ou du pays d’Othe, où cette famille possédait des verreries. En plus de la grande similitude sur les patronymes, on sait que les Brulle présents à Pisseleux dans la première moitié du XVIè siècle portaient des armes très proches de celles portées par les Bérulle: « d’or à un chevron d’argent écartelé de trois étoiles de même » pour les Brulle originaires du Valois et « d’or à un chevon d’or écartelé de trois molettes de même » pour les Bérulle percherons et bourguignons, d’autre part. Les deux familles sont d’ailleurs classées dans le même dossier « Bérulle » dans les Dossiers Bleus du généalogiste Charles d’Hozier, conservés à la Bibliothèque Nationale. Si ces dossiers ne permettent pas d’établir un lien entre les deux familles, on notera aussi que le prénom d’Amaury de Brulle, présent dans le Valois au XVIè siècle évoque le souvenir du chevalier Amaury de Bérulle, mort en 1346 à la bataille de Crécy et ancêtre commun des Bérulle percherons et bourguignons.

La présence d’un Bérulle associé à un Cacquerel dans une verrerie du Valois n’a rien d’étonnant et il est probable que les deux familles entretenaient des relations, depuis plusieurs décennies. Vers 1420, à l’époque même où les parents d’Oudin Cacquerel quittent le Valois ravagé par la guerre de Cent Ans, un Jean « Caquere » avait participé en pays d’Othe à la création du Fournaudin, associé à un autre Jean de Bérulle. Le retour des Cacquerel dans le Valois à la fin de la guerre de Cent Ans ne marqua pas la fin des relations entre les deux familles. Cinquante ans plus tard, à l’époque même où Robert Cacquerel et Jean de Bérulle sont associés à Pisseleux, le verrier Thibault de Bérulle épouse une certaine Sylvine Cacquerel, dont on ne sait rien. C’est aussi à la fin du XVème siècle que le verrier Antoine Cacquerel quitte le Valois pour s’établir à la verrerie de Saint-Fargeau, en Puisaye.

La généalogie Bérulle, quoiqu’incomplète, ne mentionne qu’un Jean de Bérulle qui serait identifiable au Jean Brulle de Pisseleux : seigneur de la Borde, marié à Bonne de Nuits, il est justement le fils du Jean de Bérulle associé à Jean « Caquere » vers 1420, et le père du Thibault mentionné ci-dessus.

Jean « Brulle » dût mourir ou repartir en Bourgogne avant 1499 car à cette date le bail à surcens de la verrerie de Pisseleux est renouvelé au profit du seul Robert Cacquerel, moyennant la même rente de 40 sols parisis, mais sans la redevance en verre. Comme nous le verrons ensuite, d’autres membres de la famille Brulle sont mentionnés à PIsseleux et en forêt de Retz dans les décennies qui suivent, sans qu’on connaisse leur lien avec Jean Brulle.

C’est à la même époque que le lorrain Gérard de Thezacq (alias du Thézac, du Tiseau, de Thizac) fut, d’après notre documentation, le premier lorrain à s’établir dans la région. Originaire de la Vôge 86, il possédait déjà en 1499 des biens jouxtant l’hôtel du Cygne où Robert Cacquerel avait établi sa verrerie. En 1510, il est lieutenant général du grand maître inquisiteur et général à la réformation des eaux et forêt du duché de Valois 87 : coïncidence ou pas, la charge de grand maître appartenait à cette époque à Michel Brion, dont la femme était une Cacquerel 88. Les Thezacq étaient ensuite rentrés à une date inconnue en possession du fief de la Tour, fief principal de Pisseleux 89, puis avaient repris avant 1525 les rênes de la verrerie de Pisseleux, peut-être à la mort de Robert Cacquerel. On ignore ce qu’il advint des descendants de Cacquerel, qui ne sont mentionnés que deux fois dans notre documentation. La première fois en 1516, lors d’un procès avec les religieux de Lieu-Restauré relatif à l’hôtel du Cygne et à l’issue duquel les quatre enfants de Robert Cacquerel sont condamnés à continuer à payer 40 sols de surcens annuel à l’abbaye 90. Les quatre enfants sont Jacques et Guillaume Cacquerel, qui habitent alors à Pisseleux, et leurs deux sœurs : Anne Cacquerel, épouse de Nicolas Brissart, écuyer à Vieux-Moulin 91, et Jeanne Cacquerel, qui avait épousé un certain Michel Destrées qui ne prend pas la qualité d’écuyer 92. Quelques années plus tard, on lit dans la déclaration des biens des religieux de Lieu-Restauré : « item ont lesdits religieux droit de prendre quarante sols parisis de rente par chacun an sur une maison assise à Pisseleu environ tiennent toujours desdits religieux les hoirs de Robert Caquerel verrier appelée la grande maison en laquelle il y a un four à cuire tenant à la grande rue et anciennement y pendoit pour enseigne le cigne ». Enfin, la maison du Cygne est encore mentionnée en 1566 dans une déclaration du revenu de Lieu-Restauré comme « la maison de Caqueretz » à Pisseleux,

Gérard de Thézacq était-il en parenté avec les Cacquerel ? Rien ne permet de l’affirmer : il n’était pas originaire du Valois et on sait qu’il était marié en 1521 à une certaine Louise Le Coincte. C’est en cette année qu’ils font établir l’inventaire après-décès de François Le Flament, avocat en Parlement demeurant rue Saint-Jacques à Paris, dont Louise Le Coincte était l’héritière92bis.

Gérard de Thézacq avait-il été marié en premières noces à une Cacquerel ? On notera qu’il possédait des terres à Taillefontaine au lieudit « le Champ Corbier », c’est-à-dire à proximité de terres appartenant aux Cacquerel. On notera également que Gérard habitait à Pisseleux dans la maison jouxtant l’hôtel du Cygne ; cette maison avait appartenu à la famille Testart 93, alliée aux Cacquerel dans la première moitié du XVè siècle. Enfin, le fait que deux membres de la famille Thézacq avaient des liens avec le village de Largny-sur-Automne (l’un y habitant, l’autre s’en disant « seigneur en partie » 94) où le couple Cacquerel – Testart possédait des héritages, accrédite également l’hypothèse d’un lien familial, non éclairci à ce jour.

Gérard de Thézacq est sans doute décédé avant 1526, date à laquelle le roi François Ier fait le don viager d’un usage en forêt de Retz à son fils Philippe « de Thésat », écuyer, “maître de la voirie de Pisseleu” 95. Pendant les périodes d’inactivité du four, Philippe de Thézacq exercait une charge de garde de la forêt de Retz, pour laquelle il reçoit des gages en 1532, 1533 et 1534. Ces gardes étaient en majorité des roturiers mais on note à cette époque que lles écuyers Philippe de Pinon (de la famille seigneuriale de Mortefontaine) et Gabriel du Sable (d’une famille gravitant dans l’entourage des verriers) étaient titulaires de charges analogues. Et la toponymie actuelle de la forêt de Retz montre que les verriers Monthieux dont il a été question précédemment avaient sans doute également possédé une telle charge (« la garde des Monthieux »). En 1537, Philippe de Thézacq est cité comme “lieutenant général de Monsieur le maître des eaux et forêts du Duché de Valois” 96.

La verrerie de Pisseleux était un carrefour où se côtoyaient des verriers d’origines diverses, et notamment de Normandie et du Nivernais. Les Cacquerel avaient développé aux cours de leurs migrations et alliances du XVè siècle 97 un réseau familial et professionnel dans plusieurs régions productrices de verre et nul doute qu’ils mettaient à profit leur réseau pour recruter le personnel de leurs verreries valoisiennes. S’agissant de personnel temporaire, les mentions de verriers – abstraction faite des maîtres de verrerie – sont parcellaires. On note la présence à Pisseleux dans la première moitié du XVIè siècle d’Antoine et René Bongard 98, du normand Jean de Belleville 99 et de Pierre Galliot, probablement originaire du Berry. Plusieurs autres normands sont encore cités par la suite. Ainsi, Arthur Vaillant 100, témoin lors d’une enquête réalisée en 1609 pour juger de la noblesse des Thézacq 101, affirme alors avoir bien connu Philippe de Thézacq, pour avoir travaillé deux ans avec lui à Pisseleux, « ou ledit Philippes estoit veu et hanté de la noblesse du païs, et tenu en grande réputation ». Le 2 février 1558, ce sont Antoine et Guillaume de Brossart, “écuyers demeurant au pays de Normandie” qui vendent à un marchand de Villers-Cotterêts les terres et les prés qu’ils possèdent à Pisseleux 102.

Les Brulle, déjà présents à Pisseleux à la fin du XVè siècle avec l’association entre Jean Brulle et Robert Cacquerel, le sont encore dans la première moitié du XVIè siècle. Un dossier du cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale mentionne Claude de Brulle, écuyer demeurant à Pisseleux en 1536. Il n’était pas le fils de l’associé de Robert Cacquerel puisque d’autres documents précisent qu’il était fils d’un Arthus de Brulle, qui n’apparaît dans aucune généalogie de la famille de Bérulle. Claude de Brulle avait épousé une certaine Isaïe Cacquerel, fille de François de Cacquerel et Jeanne Brissart, qui possédaient des fiefs à Bonneuil-en-Valois.

Cette famille Brulle illustre les liens qui pouvaient exister entre les verreries valoisiennes et les verreries situées plus au Nord, en forêt de Saint-Gobain ou en Thiérache. Le fils de Claude de Brulle, Amaury de Brulle,  fait établir son contrat de mariage en 1536 devant le notaire de Crépy-en-Valois. Il est aussi cité comme écuyer à Fleury quelques années plus tard, en 1544. Mais avant cela, alors qu’il était jeune adulte, c’est en Thiérache qu’on le voit apparaître, dès 1529, lorsqu’il reprend le bail de la verrerie du Bosquet, possédée par les religieux de Foigny. Le fils d’Amaury, Nicolas de Brulle, était sans doute aussi passé par la Thiérache. Lorsqu’il se marie en 15762 avec Marie Foucault il habite à Saint-Nicolas-aux-Bois, en forêt de Saint-Gobain. Mais il prend le titre de seigneur de Faux-Baston, du nom d’une verrerie thiérachoise, qui fut exploitée par les Thézacq de Pisseleux au milieu du XVIè siècle.

Nul doute que ce phénomène de migrations (peut-être conclu par des alliances), déjà connu dès la fin du XVIè siècle et tout le XVIIè siècle, et que les recherches récentes mettent en évidence pour la période antérieure, a rendu possible un échange des savoirs et des techniques. Par manque d’échantillons archéologiques, il est impossible de connaître le type de production de la verrerie de Pisseleux. La présence des Cacquerel, des Brossart, des Vaillant, spécialistes du verre plat à la « façon de France », des Thézacq et de verriers nivernais, spécialistes du verre plat à la « façon de Lorraine », incite toutefois à penser que la production était essentiellement composée de verres à vitres.

Il est probable que le four de Pisseleux était encore actif peu avant 1558, date à laquelle les deux Brossard normands ont vendu leurs terres de Pisseleux et quitté la région. La verrerie cessa-t-elle de fonctionner à la mort de Philippe de Thésacq et à l’extinction du privilège viager qui lui avait été accordé ? C’est possible car il n’en est plus fait mention par la suite. Les descendants des Thézacq, et notamment d’Antoine de Thézacq, dont on pense qu’il était le fils de Philippe, sont présents à Pisseleux jusqu’au début du XVIIè siècle 103, sans qu’on sache s’ils étaient toujours verriers. Arthur de Thézacq, frère de Philippe, s’était également établi en Thiérache : il travaillait vers 1550 à la verrerie du Faux-Baston, qui était dirigée par des Bérulle originaires du Valois 104, puis à Esquéhéries, où est encore mentionné en 1593 Abraham de Thézacq, fils de Jacques de Thézacq 105, et petit-fils d’Arthur. La famille est ensuite citée à Charlefontaine, où se fixèrent deux fils d’Arthur, Isaac et Jacob, au début du XVIIè siècle.

Dans une enquête réalisée en 1514 pour justifier le contenu du dénombrement du fief de Queue à Coyolles, un témoin déclare avoir vu “Robert Cacquerel et Jehan Brulle, verriers du four de Pisseleux faire faire du bois de chauffage pour chauffer leur four”  106 dans le bois de Houdan, à Coyolles. C’est peut-être près de ce bois que se trouvait à cette époque la verrerie car en 1521 « Girard du Tiseau » possède des terres en « Hodan », à Pisseleux. En 1540 Antoine Bongard possède 12 arpents de terre au lieudit Houdan, « tenant à la foret de Retz et à la boulloye ». Les verriers possèdent d’autres terres à Pisseleux: Philippe « de Tezat » et Antoine Bongard, « au lieu de feu Gerard de Tezat » possèdent des terres aux lieudits le Chesnoy et le chemin de la Ferté-Milon. Les énumérations de terres des déclarations censives de l’époque montrent que les terres possédées par les verriers se jouxtaient dans un périmètre restreint : en 1540, Simon Braille (peut-être un Brulle/Bérulle) possède deux arpents de terres « tenant d’un lez aux hoirs Gérard du Thizeau, d’aultre à Jehan Braille »; Jehan de Belleville, « escuyer, au lieu de Robert Caquerel, demeurant à Pisseleux » possède trois arpents « aboutant (…) d’aultre bout à Gérard du Thizeau ».

Une éphémère verrerie Thézacq à Fleury

Dans la première moitié du XVIè siècle d’autres verreries forestières fonctionnaient en forêt de Retz. Notamment à Fleury, où « noble homme Nicolas du Thézat, escuier demeurant à Largny » (et qui était donc sans doute un frère de Philippe de Thézacq de Pisseleux 107) loue cinq arpents de terres le 14 mai 1529 108, aux lieudits la gorge du pré Gosset et le pré d’Authille (au nord-ouest du village, en bordure de la forêt), dans lesquels il projette de construire un four. On ne sait pas avec qui il y travailla, mais les travaux de verrerie furent arrêtés dès 1534, peut-être par faute de combustible disponible car quand Thézacq revend le 24 juillet 1534  aux religieux de Bourgfontaine la maison et la « halle de four à verres » où il « soulloit faire besogne de verrerie », il est dit que les terres, totalement défrichées, étaient « auparavant en hauste futaie ». Thézacq avait donc bâti son four à verres à l’endroit même où se trouvait le combustible permettant de l’alimenter. Thézacq demeure encore à Fleury en avril 1534, lorsqu’il revend aux religieux de Bourgfontaine les autres biens qui lui subsistaient à Fleury 109; il n’est ensuite plus fait mention de lui dans notre documentation. L’homme qui avait permis l’initiative de Nicolas de Thézacq en lui louant des terres était Gabriel du Sable, d’une famille régulièrement citée dans l’entourage des verriers, qui était peut-être elle-même une famille de verriers 110.

Il y eut d’autres initiatives de verriers à Fleury durant le XVIè siècle: un « estat des bois de la forest de Retz » rédigé en 1567 cite « le prez du four » à Fleury et les « terres de Fleury et dudict four », à proximité du « Bois-Rond ». Il ne peut s’agir du four qui était exploité par Nicolas de Thézacq car ces indications topographiques montrent qu’il s’agit d’un lieu situé au nord-ouest du village de Fleury.

On ignore qui exploitait ce four mais cela est à rapprocher de la présence à Fleury en 1572 de François de Cacquerel le jeune, qui se faisait appeler le « sieur de Béry » et avait épousé la fille de Gabriel du Sable. Rien ne prouve que ce François était verrier : il appartient à une branche non rattachée 111 de la famille Cacquerel. Cette branche, dont les auteurs sont ses arrières-grand-parents Jean Cacquerel et Marguerite de Montigny, possédait plusieurs fiefs à Bonneuil-en-Valois : les fiefs du Vivier et de Jossigny 112. On ne connaît pas son lien avec les deux Jean Cacquerel père et fils qui faisaient fonctionner à la même époque le four de la Follye à Pierrefonds. On notera toutefois que dans une liste de rentes dûes à la cure et à la fabrique de Pierrefonds, datée de 1521 113, figure cette mention : « Regnault Bourgeois, demeurant à Bonneuil doit huit sols parisis de rente à cause de plusieurs maisons et héritages venus de Jehan Cacquerel et de défunte Marguerite de Montigny en son vivant sa femme. Laquelle a été donné par aulmosne par ladite défunte de Montigny faisant son testament ». Il y a donc indubitablement un lien entre Pierrefonds et le couple Cacquerel – de Montigny : Marguerite de Montigny était-elle la seconde femme de l’un des deux Jean Cacquerel de la Follye ? Si on ne connaît pas le nom de l’épouse de leur fils « Donne » (sic) Cacquerel, leurs deux autres enfants avaient pris alliance dans l’entourage des verriers. Leur autre fils François avait en effet épousé une certaine Jeanne Brissart, qui pourrait être la fille du verrier de Vieux-Moulins Nicolas Brissart. Quand à leur fille Isaïe, elle est dite femme de « Claude Brully ». La mention de leur fils « Amoris de Brulli » permet de rapprocher cette famille « Brully/Brulli » de la famille Bérulle de Pisseleux, dont il a été question plus tôt.

Vers 1580 : les familles verrières à Faverolles

Il y avait vers 1579 une verrerie toute proche de Faverolles, qui aurait pu succéder aux verreries de Fleury et Pisseleux. Les Beauvais, seigneurs du lieu, étaient alliés aux verriers Thézacq depuis le mariage vers 1540 de Jean de Beauvais avec Marie de Thézacq 115, fille de Philippe de Thézacq, seigneur de Pisseleux. Le nom de plusieurs verriers nous est connu grâce à une constitution de rente du 26 mars 1579 effectuée par Guillemette de Grimonval 116, veuve de François de Cacquerel, d’Haramont, en faveur de Marie Talon 117, veuve d’Antoine de Thézacq, de Pisseleux. La rente est à prendre sur les héritages possédés par Guillemette de Grimonval à Faverolles. Guillemette était la fille d’Antoinette de Beauvais, soeur de Jean,qui avait épousé en 1539 Pierre de Grimonval. Toujours est-il que les énumérations de terres mentionnées dans le document indiquent la présence à Faverolles à cette date de “Gilles de Cacquerel” (le descendant des verriers de la Folie), “Samuel de Cacquerel” (non identifié) et “Henry de Brossart” (de la branche de la Fosse, de Morienval). Marc de Dorlodot était aussi présent à Faverolles à cette époque : un procès s’est tenu en 1567 entre Gilles de Cacquerel et Jean de Beauvais, après que ce dernier eût vendu une maison située à Faverolles à Marc de Dorlodot. Dorlodot habitait toujours Faverolles en 1609. L’historien soissonnais Bernard Ancien ne parle toutefois dans ses notes de Faverolles que comme d’une base de repli pour les verriers. Dans ce cas, il s’agirait sans doute d’une base de repli pour le four de Fleury.

Tout au long du XVIè siècle de nombreux liens familiaux s’établirent entre verriers de toutes origines. Ceci a sans doute permis de consolider au sein de la communauté verrière des associations fragiles et des intérêts parfois divergents. Les Cacquerel, ainsi que quelques familles de la noblesse campagnarde (comme les du Sable et les Grimonval), jouent le rôle de colonne vertébrale de ces alliances. A la fin du XVIè siècle et au début du XVIIè siècle, les Cacquerel sont en parenté avec les Dorlodot, les Thézacq, les Colnet et les Brossard. Peut-on voir dans ces alliances avec la noblesse campagnarde une sorte de cooptation des verriers par les seigneurs locaux et un facteur de meilleure intégration dans la vie du village pour ces hommes dont certains documents montrent que les privilèges étaient sans cesse contestés ?

Le déclin – Fleury, dernière verrerie du Valois

A la fin du XVIè siècle, le seul descendant masculin des Cacquerel est Antoine de Cacquerel 118. Cité à Haramont en 1591, il avait acquis en 1595 des religieux de Royallieu le fief de la mairie à Taillefontaine, et s’y était installé 119. A l’époque, les autres familles de verriers ont toutes migré vers Charlefontaine ou la Thiérache. Une tentative de reprise de l’activité est effectuée à Fleury au tout début du XVIIè siècle sous la conduite d’Antoine de Cacquerel, associé à Jean Dorlodot (originaire du Valois puisque descendants des verriers de la Folie par sa mère Louise de Cacquerel, femme de Marc Dorlodot) et Amaury de Colnet, peut-être son beau-frère 120. Colnet était issu d’une dynastie de verriers implantés en Thiérache et dans le Hainaut, qui n’avaient jusqu’alors jamais travaillé dans la région, mais qui étaient apparentés aux Brossard de Bonneuil-en-Valois 121. A l’époque de la création de la verrerie de Fleury, Dorlodot et Colnet travaillaient à la verrerie de Charlefontaine 122.

Le 1er octobre 1603, ces trois verriers avaient pris à cens des religieux de Bourgfontaine « une place wide et wague dans laquelle est la masure d’une vielle grange qui soulloit être la grange de la vieille ferme desdits bailleurs et faisant partie de l’héritage d’icelle vielle ferme scis à Fleury près de la queue de l’estang dudict lieu, contenant soixante verges ou environ et icelle place bornée des quatre coings sur laquelle place lesdicts preneurs pouront faire sy bon leur semble et construire ung four à verre ». Le même jour Jean Dorlodot et Amaury de Colnet avaient également pris à cens des mêmes religieux de Bourgfontaine deux habitations. Pour Dorlodot, « une maison et masure court jardin larris les lieux et pourpris (…) appellé la vielle ferme dembas scis a fleury pres de la queue de l’estang dudict lieu tenant d’un coste a la place ou se doibt faire ung four a verre suivant les bornes et pierres plantes par les parties d’autre cote a la ruelle qui conduict a la fontaine 123 d’un bout a la rue d’aultre audsdicts bailleurs et a eux appartenans »; pour Colnet, « une maison et masure qui fut à feu Fiacre Fretel court jardin derrière dans lequel il y a une fontaine (…) scize audit Fleury près de la queue de l’étang ». Le four de Fleury fut effectivement construit, mais fut arrêté peu après, la verrerie ayant été saisie par les autorités des eaux et forêts.

Le 4 juin 1604, Cacquerel, Dorlodot et Colnet comparaissent devant la Table de Marbre du Palais à Paris pour demander la main-levée de cette saisie 124. Ils produisent à cet effet la permission qui leur a été donnée à leur requête le 15 mars 1603, « jusqu’à ce qu’ils eussent obtenu du roy plus expresse permission ». Il leur est accordé de continuer pendant trois mois à « user audict four le boys ci-devant acheté » pendant qu’une information est lancée « sur la commodité ou incommodité de tenir ledict four à verres en forêt de Retz », qui motivera la décision du roi quand à la permission de continuer à exploiter cette verrerie. Ce n’est que le 31 octobre 1604 qu’ils obtinrent les lettres patentes les autorisant définitivement à continuer leur activité 125. Dorlodot possédait trois parts sur quatre dans la verrerie et était le « maître du four à verres ». Cacquerel possédait la part restante. Jean Dorlodot conserva ses parts jusqu’à sa mort, survenue en 1611. Sa veuve, Jeanne de Brossard et ses enfants les revendirent à Jacques de Gaulier, verrier originaire du Tardenois 126, ainsi que trois maisons proches, dont une avait été acquise d’Amaury de Colnet et Christine de Cacquerel son épouse. Le total de la vente se monte à 426 livres tournois. Amaury de Colnet était toujours présent à Fleury au moins jusqu’en 1612, date à laquelle il cède certains biens.

La verrerie de Fleury fut arrêtée avant 1621. Le 18 février 1621, Jacques de Gaulier, alors « hommes d’armes des ordonnances du roi sous la charge de Monseigneur le marquis de Verneuil », est revenu dans son Tardenois natal, à la verrerie de Beuvardes. Il vend aux Chartreux de Bourgfontaine, outre la maison où il demeurait à Fleury, « le total des bastimens de ladicte verrerie dudict Fleury et de qui en dépentd siz proche l’estang dudict lieu ». L’activité était arrêtée depuis plusieurs années car les lieux sont inhabités et, pire, « menassent ruine ». Gaulier avait racheté la part d’Antoine de Cacquerel mais on ignore en quelle année.

Un autre verrier du nom de Colnet, Toussaint, seigneur de la Loge 127 et frère aîné d’Amaury, était arrivé dans le Valois en 1606 à l’occasion de son mariage avec Françoise de Cacquerel de Taillefontaine 128. On ignore si Toussaint de Colnet exerça comme verrier dans le Valois. Il n’est en tous cas jamais cité à Fleury. En 1610 il fait baptiser un enfant à Taillefontaine 129. On le retrouve ensuite à Noroy-sur-Ourcq, d’où sa deuxième femme Geneviève de Macrel était originaire 129bis. Ses descendants étaient toujours présents dans la région au début du XVIIIè siècle : son petit-fils Michel de Colnet revient à Taillefontaine et épouse sa cousine Marie de Cacquerel.

Après l’arrêt de la production de verres à Fleury, il n’est plus fait mention dans les différentes archives que nous avons pu consulter de verreries, ni en forêt de Retz, ni en forêt de Compiègne. Seul Ernest Roch mentionne le fait que la verrerie de Villers-Cotterêts, celle-là même qui avait succédé aux verreries Bucquet et Monthieux et avait été transférée dans la ville, était toujours active en 1617 et fournissait des vitres lors de la construction du château de Coeuvres. Nous n’avons pu vérifier cette assertion ni déterminer la date de l’arrêt des activités de cette verrerie de Villers-Cotterêts. Curieusement il semblerait que les bâtiments de la verrerie avaient appartenu à la famille Roze qui, comme les Cacquerel, possédait un fief à Taillefontaine au début du XVIIè siècle. Ainsi, Etienne Fourrure, sieur de Cramailles, déclare au terrier de Valois sa maison « consistant en corps d’hôtel, court, étable, jardin derrière (…) » située rue de Lormet et appelée « vulgairement la verrerie » qu’il avait achetée le 12 janvier 1671 de Charles Roze, seigneur de Pondront, et Agathe Mariage sa femme.

On peut donc penser que l’activité périclita définitivement dans le Valois dans la première moitié du XVIIè siècle, comme ce fut le cas dans le Tardenois à Beuvardes.

Descendance de la famille Cacquerel

Antoine de Cacquerel, dernier descendant mâle de cette famille qui avait fait fonctionner les fours à verres du Valois pendant près de trois siècles, mourut à Taillefontaine vers 1625, laissant deux fils: Charles et Louis. Charles avait quitté Taillefontaine 130 et vendu ses parts dans la seigneurie après s’être marié avec Claude de Condé, fille d’un verrier de l’Argonne 131. Il s’était établi à la verrerie de la Chalade : dans cette région de l’Argonne où les fours à verres étaient nombreux (Vienne le Château, les Islettes, le Neufour, la Chalade), il exercait avec des Dorlodot, des Brossard 132, des Condé et des Foucault. On lui connaît un second mariage avec Françoise du Houx, en 1641 133.

Quand à Louis de Cacquerel, on ignore s’il fut verrier. Il prenait le titre de seigneur des Fourneaux, du nom de l’écart de Taillefontaine où il habitait avec son épouse Marie Bécart 134. Ce lieu, situé à la lisière de la forêt sur la route allant de Taillefontaine à Haramont, est indiqué sur deux cartes de la forêt de Villers-Cotterêts, l’une de 1679, l’autre du XVIIIè siècle. Si ce toponyme, dont la première mention retrouvée remonte à 1580 indique sans doute l’emplacement primitif d’une verrerie, rien ne prouve qu’elle existait toujours à l’époque de Louis de Cacquerel.

François et Jacques Cacquerel, ainsi que Marguerite Beccart, veuve de Louis Cacquerel, produisirent des titres suffisants lors de la recherche de la noblesse dans la généralité de Soissons, menée par l’intendant Dorieu 135. Mais les annotations de l' »Enquête sur la Noblesse de Soissons » 136 mentionnent que « ce sont des misérables gentilhommes », qui de surcroît « ont été accusés autrefois d’avoir fait le faussaunage », c’est à dire la contrebande de sel 137. L’auteur ajoute qu’il se disait à l’époque que pour cela, ils avaient « été dégradés de la noblesse ». Si le jugement de l’intendant Machault leur fut cependant favorable 138 ce n’était sans doute que parce qu’il avait été impossible de retrouver la trace de leur dégradation de noblesse. Les mêmes difficultés apparaissent pour les familles nobles en parenté avec les Cacquerel: Tristan de Vezier 139, sieur de la Presle, demeurant aux Fourneaux, est condamné à 300 livres d’amende qu’il est incapable de payer car « c’est un misérable qui est à l’aumône ». Symphorien de Bomban de Taillefontaine est également condamné faute de titres suffisants, mais à seulement cinq livres d’amende car « c’est un misérable qui n’a point de pain ». Quand à la famille Chrestien elle est condamnée sur une inscription de faux. Enfin, et pour une raison qui nous échappe, il n’y a aucune trace de la maintenue des Colnet de la Loge dans leur noblesse, ni de quelque démarche que ce soit faite dans ce but par Michel de Colnet de la Loge.

Le dernier porteur masculin du nom Cacquerel dans le Valois fut Henri de Cacquerel, seigneur des Fourneaux, qui habitait également à Taillefontaine. Fils de Louis et époux d’Elisabeth du Peage, il avait fait enregistrer en 1698 des armoiries 140, qui, curieusement, ne ressemblent en rien aux armoiries des Cacqueray normands. Il meurt à Taillefontaine le 4 décembre 1707 sans qu’on lui connaisse une descendance mâle ayant fait souche.

1 Aucun toponyme « Four d’en Bas » ne fait écho à ce « Four d’en Haut ». Le « Four d’en Bas » était en fait la verrerie de Vaudrampont.

2 Ces informations ont notamment été compilées grâce à des données cadastrales et au site internet http://www.geoportail.fr, qui regroupe les données de l’Institut Géographique National.

3 Arch. Nat., R4108 (1529) et Arch. Dep. Aisne, B3734 (1686) et B3736 (1687-1688). Ce lieudit est parfaitement localisé car mentionné sur une carte de la forêt de Retz de 1730.

4 Au début du XVIè siècle, le verrier lorrain Gérard de Thézacq possèdait des terres à proximité immédiate des Fourneaux, au lieudit « le Champ Corbier ». Les verriers Cacquerel possédaient également au XVIè siècle des terres près des Fourneaux mais ce n’est qu’en 1602 qu’Antoine de Cacquerel acheta la maison des Fourneaux. Voir Arch. Dép. Aisne, minutier de Coeuvres, 213E139, minute du 18.02.1602.

4 Le fief de la Verrière appartenait au curé de Taillefontaine et mouvait du fief de Roy-Saint-Nicolas, dont les verriers Cacquerel étaient seigneurs avant 1474. Le toponyme est ancien : parmi les serfs de Taillefontaine et de Marival (aujourd’hui commune de Mortefontaine) affranchis par Blanche de Castille au XIIIè siècle figurent Werricus de Verreria et Errardus de Verreria. Voir Louis Carolus-Barré, « L’affranchissement des serfs de la châtellenie de Pierrefonds par Blanche de Castille (v. 1252) et sa confirmation par saint Louis (1255) », 114è congrès National des Sociétés Savantes, Paris. Le cartulaire de Royallieu mentionne également en 1331 Ansout de la Verrière de Taillefontaine, puis en 1363 Jean Picard de Taillefontaine et son cousin germain Perrenet de la Verrière, qui possédaient un fief à Septmonts. Voir Paul Guynemer, « Cartulaire de Royallieu », Compiègne, 1911. Une liste d’obits rédigée dans le registre paroissial de Taillefontaine dans la première moitié du XVIIè siècle mentionne encore un nommé Jean de La Verrière.

6 Michel Philippe, « Naissance de la verrerie moderne », 1998, p38.

7La présence verrière ne semble pas limitée aux forêts et aux villages en sa lisière : à Ressons-le-Long, près de Vic-sur-Aisne, le lieudit « La Ruelle des Verriers » serait à mettre en relation avec la présence d’un membre de la famille verrière Cacquerel et de ses alliés Rigauville au milieu du XVIème siècle : en 1555 Antoine de Cacquerel possède en effet à cause de sa femme Barbe de Boffles le fief d’ « Emyvele » (Mainville) à Ressons-le-Long (voir Arch. Nat. R4 155). Sur l’autre rive de l’Aisne, le verrier Jacques Gaulier et sa femme Antoinette de Morienne, « demeurant à Vingré », vendent en 1606 des terres à Béry (aujourd’hui Saint-Christophe-à-Berry).

8Bibliothèque Nationale, collection Moreau, vol 79, ff 6-8, édité par Louis Carolus Barré, « Une constitution de douaire passée sous le sceau de la Commune de Compiègne en juin 1174 » in « Etudes et documents sur l’Ile de France et la Picardie », tome 1, Compiègne et le Soissonnais, p 361.

9Morel, « Cartulaire de l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne », tome I, p 238

10 Morel, ibid., tome II, p 366

11  Dietrich Lormann, « Jean de Méricourt », in Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, tome CXXIX, p263, Paris, 1972. Cette liste figure sur un fragment du cartulaire blanc de l’abbaye de Saint-Corneille conservé à la Bibliothèque Nationale (ms. Lat. 11015, fol 3-4).

11bisCartulaire de l’abbaye de Saint-Corneille de Compiègne, tome 2, p296, Compiègne, 1904-1909.

11terTrésor des Chartes, JJ26, folio.

12 D’après les prospections menées par Patrice Thuillier, qui n’a pu être contacté. Voir http://archeocompiegne.free.fr

13 On adoptera dans la suite la graphie Cacquerel, qui est la plus courante. Dans les documents consultés, ce nom de famille est également écrit Caquerel, Ca(c)querelle voire Ca(c)queret. La graphie Cacqueray ou Caqueray ne semble utilisée que dans les documents ultérieurs au XVIIè siècle relatifs à la branche normande. Quant aux graphies Coqueret ou Coquerel utilisées dans un nombre minoritaire de documents ou dans certaines chroniques locales, il semblerait qu’elles résultent d’erreurs ou de lectures défectueuses. Comme c’est le cas pour d’autres familles de verriers (Brossart, Foucault, Colnet, Bongard, etc.) la particule n’apparait que dans le courant du XVIè siècle : il est donc probable qu’un surnom – et non un nom de terre – soit à l’origine du patronyme.

14 « L’origine et de l’Art de la Peinture sur verre et de la création des verreries et communautés des maîtres vitriers », Paris, 1693. Michel Philippe fait l’hypothèse qu’Haudicquer de Blancourt, auteur d’un nobiliaire de Picardie et de « L’art de la verrerie » (1697) serait à l’origine de la diffusion de cette légende.

15 Nous ne reprendrons pas ici les arguments déjà avancés par plusieurs auteurs. Voir Ambroise Milet, « Histoire d’un four à verre de l’ancienne  Normandie », Paris-Rouen, 1871, Jean Lafond « La prétendue invention du plat de verre au XIVè siècle et les familles de grosse verrerie en Normandie », Revue des Sociétés Savantes de Haute Normandie, 1968, p 25-40, et surtout Michel Philippe, « Verrerie d’atelier et verrerie de chantier » in Annales de Normandie, 42ème année, n°3, 1992, p239-257.

16 Le dénombrement du duché de Valois de 1376 cite cinq fiefs à Saintines : les fiefs de Néry, Marueilg et le fief « Jehanne de Faucourt », appartenant tous les trois à Pierre de Sermoise, et deux fiefs appartenant à Jehan Dagonel, écuyer. Voir Arch. Nat. P1893. La lecture du patronyme « Dagonel » est certaine. A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur de transcription du scribe qui aurait dû inscrire « Caquerel » ?

16bis Informations aimablement transmises par Bruno Nardeux suite à sa conférence « Vitrer les demeures royales en forêt de Lyons » du 5 décembre 2017.

17 Michel Philippe a émis l’hypothèse que Philippe Cacquerel pourrait être ce Philippe, mentionné comme verrier à la Fontaine du Houx en 1302, auprès de maître Gobert, son père. Même si ce Philippe n’était pas un Cacquerel, pourquoi ne serait-il pas un de leurs ascendants ?

18 Deux mentions anciennes de la famille Cacquerel n’ont pu être datées : un Michel « Cacquerel dit Fredaisne » avait possédé un fief à Rocquemont (voir Arch. Nat. R4 155). Il s’agit peut-être de ce Michel Cocqueret ou Cocquerel cité dans le dénombrement du fief de Glaignes de 1552 (voir Arch. Nat. R4 99) : « une pièce de terre séant à l’Ortie, qui fut audit Michel Cocqueret », « La maison cour et jardin qui fut Michau Cocquerel, à cause de Catherine Crespin sa femme ». Un autre Cacquerel posséda le fief auquel il donna son nom à Dampleux (« Le fief Cacquerel de Dampleu, appartenant à Charles Drouyn » (1555)).

19 Ce toponyme Cricquebec n’a pu être localisé. Fallait-il lire Bricquebec (Manche) ? Gaston de Cacqueray mentionne également trois chevaliers normands, Colart, Marguerit et Geoffroy « de Cacqueray », présents à Saint-Jean-d’Acre en 1191. Quelques décennies plus tard, la mention au Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale d’un certain Guillaume « de Kaquerai » époux d’une le Vaillant, qui aurait vécu au milieu du XIIIè siècle (recherches publiées par Xavier Rousseau, sur la base de documents inconnus), reste invérifiable et douteuse. Ni la particule ni l’orthographe « Cacqueray » ou « Caqueray » ne sont utilisés pour les verriers avant le XVIIè siècle.

20 L. Michaud, « Les fiefs de Saint-Rémi de Reims », 1913, p48.

21 Arch. Nat. P2877

22 Le toponyme Vaudrampont (un pont sur le rû de la Brévière) est connu dès 1317, sans qu’on sache s’il correspondait à cette époque à un habitat. Voir Jean-Claude Malsy, « La forêt de Compiègne sur les chemins de l’histoire », 2003, page 120.

23 Anne-Marie Bocquillon, « Le roi dans ses forêts de Cuise, Laigue et Retz du XIIIè au XVè siècle », thèse d’université Paris I, 2000.

24 Victor de Beauvillé livre une édition intégrale de ce document dans « Recueil de documents inédits sur la Picardie », 1860, tome I page 67.

25 Ernest Roch, « Historiographie des rues de Villers-Cotterêts », in Bulletin de la Société Historique et Régionale de Villers-Cotterêts, 1909, p 156-158.

26 Arch. Nat. LL 1487, prisée du domaine et des revenus des chartreux de Bourgfontaine (1471-1486).

27 Richard Bouju possédait à la fin du XVè siècle une verrerie à la Croix des Mallets, en forêt de Lyons. Dès 1497, cette famille a une alliance avec les Cacquerel : Jeanne de Bouju épouse Jean Cacquerel, fils du valoisien Guillaume Cacquerel. Cette famille Bouju paraît mobile au XVè siècle : Colin « Bonjeu » est verrier dans le Poitou en 1444. En 1466 il y avait un four « Philippe de Beaujeu », à Champthibault, dans le Berry, exploité pour la famille Bussière.

28 Bibl. Mun. Compiègne, Fonds Léré, VDC XVII/5. Léré a copié ces documents dans un « registre des insinuations de la forêt de Cuise » (tome 2, page 228). En parlant du même document Caillette de L’Hervilliers cite comme source les « archives de l’inspection, volume 2 ». Ces documents sont-ils aujourd’hui perdus ?

29 Commune de Morienval, Oise. Voir Caillette de l’Hervilliers. Emile Coët parle de Raymond Coquerel, Louis Graves de  Renaud Enguerel. Sous Philippe VI, la Fortelle était possédée par Lambert Mairesse, neveu de Gilles de Déméville (voir Registres du trésor des chartes – inventaire analytique, vol. 3, deuxième partie). Plus connu sous le nom de Lambert d’Autrefontaine (Hautefontaine) comme l’un des chefs de la Jacquerie de 1358, ce dernier a donné son nom à un lieu-dit toujours mentionné sur la carte de l’IGN, « la Loge Lambert », en lisière sud de forêt. La verrerie de Raynaud Cacquerel est située plus au Nord, dans la forêt.

30 Ernest Petit, « Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne », p. 254-255, Paris, 1888. Ernest Petit se base sur un extrait du contrôle de la dépense de l’hôtel du duc de Bourgogne, conservé aux archives départementales de la Côte d’Or. Le même compte note également la visite à la « voirrerie » de la forêt de Thelle le 18 juillet 1399, près de Sérifontaine. Ce sont les deux seules verreries ayant fait l’objet d’une visite.

31 Cette thèse est notamment défendue par E. Dangu, « L’abbaye et le village de Saint-Jean-aux-Bois en la forêt de Cuise », Compiègne, 1911, p48-49.

32 La mention de Raynaud Cacquerel puis celle d’un Jehan Cacquerel à Pierrefonds restent donc les premières mentions vérifiables de cette famille dans le Valois. Gaston de Cacqueray rapporte le don effectué par le Duc d’Orléans en 1397 au bénéfice des religieux de Saint Pierre en Chastres d’une maison située à Pierrefonds, ayant appartenu à Jean Caquerel le jeune, « peut-être à cause de sa femme, fille de Jean de St Crépin ». L’acte original n’a pu être retrouvé et rien ne prouve qu’il s’agisse d’un verrier. Plusieurs documents confirment ces faits, dont certains mentionnent la famille Coquerel. Il peut y avoir une confusion avec une famille Coquerel qui possédait des biens à Pierrefonds durant tout le XVème siècle (Pierre Coquerel, tabellion à Pierrefonds en 1388, Jean Coquerel entre 1414 et 1427,  Enguerrand Coquerel, seigneur du fief du Petit Autreval en 1394). Dans les actes du cabinet du baron de Joursanvault, aujourd’hui dispersés, figuraient les actes suivants : « le duc d’Orléans ordonne à son trésorier de payer à Jean Coquerel 1,100 fr. qu’il lui doit pour une maison et terres séans à Pierrefons qu’il lui a achetées » (1394-1397), « donation faite par Louis d’Orléans en février 1398 aux religieux de Saint-Pierre en Chastres d’une maison sise à Pierrefonds et achetée par Jehan Coquerel » (1404). Voir Catalogue analytique des archives de M. le baron de Joursanvault, Paris, 1838, p230.

33 Les privilèges accordés en 1441 à Oudin Cacquerel sont cités pour la première fois par Nicolas Bergeron (« Le Valois Royal », Paris, 1583) puis par Laurent Bouchel (« Les coustumes générales des bailliages de Senlis, compté de Clermont en Beauvoisis & Duché de Valois », Paris, 1631) qui copie quasiment mot à mot la phrase de Bergeron (« (…) le roy Charles VII en bonne souvenance et révérence du Valois l’an 1441 renouvella l’usage à Oudin Quaqueret pour son four à verres en la forest de Cuise ») ; Claude Carlier les mentionnent à nouveau dans son « Histoire du duché de Valois » (Paris, 1764) ; Edmond Caillette de l’Hervilliers est plus précis dans « Compiègne, sa forêt, ses alentours » (Compiègne, 1869), soit parce qu’il a eu connaissance des écrits de Léré, soit parce qu’il a consulté la copie des privilèges, dont il donne la cote. Les privilèges de 1441 sont également rappelés par le compilateur Emile Coët (« Tablettes d’histoire locale », Compiègne 1894-1895);

34 Le document de 1441 ne mentionne pas le toponyme « Four d’en Haut » : la verrerie est située à « La Fortelle ». La première mention explicite du toponyme « Four d’en Haut » date de 1519. La nécessité de différencier par sa situation géographique la verrerie de la Fortelle, qui était sans doute en 1472 la seule verrerie de la forêt de Compiègne (« le four de la forêt de Cuise »), d’une autre verrerie située en contrebas doit dater de la ré-activation de la verrerie de Vaudrampont (dont Léré suppose qu’e le situation était plus avantageuse) à la fin du XVè siècle.

35 Bibl. Mun. Compiègne, Fonds Léré, VDC XVII/5.

36 Gaston de Cacqueray le dit marié à Philipotte de Neuville, sans mentionner sa source. Aucune famille de Neuville n’est citée dans le Valois à cette époque. Il est par ailleurs écrit dans un article paru en 1882 (voir Bulletin de la société historique de Compiègne, 1882, p50) qu’Oudin était seigneur de la Folie et de Taillefontaine, sur la base de documents inconnus. Les privilèges de 1441, seul document connu sur Oudin, ne font pas mention de ces possessions, peu probables. La possession par les Cacquerel des fiefs de la Follye et de Taillefontaine est postérieure.

37 Les guerres ont pu être à l’origine de la ruine et de la dérogeance de certains membres de la famille Cacquerel, qui ont dû s’adonner à la culture. On rencontre dans le Soissonnais et le Valois, et ce dès le milieu du XVIè siècle, une ou plusieurs familles roturières portant le nom de Cacquerel. Ainsi le vigneron Jean Cacquerel mentionné à Pommiers, à quelques km au nord-est de Soissons en 1556 est-il sans doute l’ancêtre de la plupart des familles Caqueret ou Cacqueret que les registres paroissiaux de la région mentionnent par la suite. Parmi sa parentèle, Sébastien Cacquerel, un marchand de Soissons que le actes qualifient d’ « honnête personne », un Bernard Cacquerel qui fut notaire à Soissons, et sans doute ce « Bernard de Cacquerel », vigneron à Fontenoy en 1585, dont la particule pourrait trahir la parenté lointaine avec les Cacquerel restés nobles. En bordure de la forêt de Compiègne, on trouve au début du XVIIè siècle Antoinette de Caqueret, inhumée à Saint-Sauveur le 1er mai 1644, et Marie de Caqueret, inhumée à Saintines le 26 septembre 1636.

38 André Moreau-Néret, « Le Valois ruiné à la fin de la guerre de cent ans et les mesures de repopulation prises par Charles d’Orléans à son retour de captivité », in Mémoires de la Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie de l’Aisne, tome 19, 1963, p112.

39 Sylvine Cacquerel avait épousé en 1487 Thibault de Bérulle. Vers 1490 Robert Cacquerel et Jean Bérulle étaient associés à la verrerie de Pisseleux. Antoine Cacquerel se marie en 1491 avec la berrichonne Marie Ponnard, issue d’une famille de verriers originaires d’Ivoy (Cher), puis s’établit comme verrier à Saint-Fargeau (Nièvre). Au début du XVIè siècle, la valoisienne Isaïe Cacquerel épouse Claude de Bérulle. D’autres familles verrières originaires du Berry, les Bongard et les Foucault, sont présentes en forêt de Compiègne et de Retz au début du XVIè siècle.

40 L’hypothèse normande serait également à envisager puisqu’un Cacquerel s’établit en Normandie à la fin du XVè siècle. Les fortes relations établies par les Cacquerel avec les différents pôles de production verrière normands semblent néanmoins postérieures au XVè siècle.

41 Nicolas Bergeron, ibidem, p288. La localisation de cette verrerie pose problème. A-V. Sautai-Dossin la situe à Saint-Sauveur, au lieu-dit actuellement « Les Tuileries ». Un document de 1528 (Arch. Nat., R4 177) mentionne que Pierre de Villers possédait une pièce de pré au lieudit « Les blanches taches », à Giromesnil (aujourd’hui Saint-Sauveur). Onésime Le Vaillant et Gaston de Cacqueray la situent à Saintines, au lieu-dit « la Blanche Tache », toujours mentionné sur le cadastre.

42 Un document de 1532 mentionne que Jean Cacquerel, fils de Nicolas, est « descendu de la lignée d’Oudin Cacquerel ».

43 Dominique Dabas,  « Le temps des privilèges des gentilhommes verriers » in Verre, vol 9 n°1, p51 , février 2003.

44 Bibliothèque Nationales, Cabinet des Titres, Pièces Originales 592 n°4.

45 Il y avait dans le Valois plusieurs fiefs nommés la Folie. Celui de Pierrefonds, dont il est certain qu’il fut occupé puis possédé par les Cacquerel à partir de 1492 et 1525. Celui situé à Reuves et Chelles, qui est peut-être ce fief « situé à Reuves » possédé par un Jean Cacquerel non identifié au XVè siècle (Arch Nat R4137) mais qui doit être de la branche des seigneurs de Roy-Saint-Nicolas. Pour ajouter à la confusion il y avait également un fief de la Folie dans le village de Lévignen, d’où sont datées  les lettres en faveur d’Oudin Cacquerel. L’histoire de ce fief de la Folie-Lévignen est toutefois bien connue et les Cacquerel n’en furent jamais propriétaires.

46 Archives départementales de l’Oise, minutier de Pierrefonds (Warocquier) minute du 01.04.1626.

47 Michel de Brion était-il issu d’une famille de verriers ? Il y a eu dans le Valois une famille de Brion, qui a possédé la seigneurie de Glaignes dès le début du XVIè siècle, puis Hautefontaine au XVIIè siècle, mais il est peu probable que Michel en était issu. D’une part, parce que les Brion de Glaignes ne sont arrivés dans le Valois que plusieurs dizaines d’années après le mariage Brion-Cacquerel. D’autre part (et même si cela ne constitue pas une preuve) parce que les Brion de Roy-Saint-Nicolas ne portaient pas les mêmes armes que les Brion de Hautefontaine : « d’azur au lion d’or » pour les Brion de Glaignes et  « d’argent à trois pals de gueules » pour les Brion de Roy-Saint-Nicolas. Il faudrait sans doute plutôt voir en Michel de Brion un parent de deux verriers établis en 1441 à la verrerie de Folembray, en forêt de Saint Gobain. A cette date, le Duc d’Orléans donne en effet pour 21 ans à Pierre et Jacquemin Brion la concession d’un four à verres dans son domaine de Coucy. Voir Abbé Vernier, « Histoire de Folembray », 1872, p71-72. On notera également qu’un Jehan Briault (sic) se fait confirmer un privilège de verrerie en Argonne en 1566.

48 Cette famille Bernard a opéré des tuileries dans la région: en 1506 : Germain Bernard s’était fait bailler la tuilerie des Roches à Ivors. Marie Bernarde, alors veuve de Jehan Cacquerel, est listée entre 1471 et 1486 comme détentrice de certaines terres à Largny, appartenant aux religieux de Bourgfontaine. Elle est dite « fille de la fille » de Jehan Testard. Au vu des éléments en notre possession, elle devait plutôt en être la belle-fille, puisqu’on sait par ailleurs qu’un Jehan Cacquerel, possesseur du fief de Banru, était marié à Isabeline Testarde en 1444 (voir Bibl. Nat., PO 592).  Nous pensons que ce Jehan Cacquerel était le père de Guillaume Cacquerel, ancêtre de tous les verriers normands du nom de Cacqueray.

49 On ne connaît pas de descendance masculine à Antoine de Cacquerel. Sa seule descendante est sans doute cette Claudine Cacquerel qui possédait en 1518 le fief de la Garenne, à Saint Fargeau. Ce fief avait également été possédé auparavant par Thibaut de Bérulle et sa femme Sylvine Cacquerel.

50 La transcription faite au XVIIIè siècle par Jean-François Léré de certaines archives de la forêt de Cuise qui se trouvaient à Compiègne complète avantageusement les archives de la Table de Marbre de Paris, lacunaires pour l’année 1519.

51 Ce procès était à l’origine un procès entre Jean Cacquerel et sa belle-mère Jeanne de Montigny. Voir Arch. Nat. Z1E318. 20 juin 1523 – procédure devant la Table de Marbre de Paris entre Jean Coquerel (sic) l’aîné fils de feu Nicolas Coquerel, demandeur, d’une part, et Nicolas, Agnès et Jacqueline Coquerel, enfants de feue Jehanne de Montigny et de feu Nicolas Coquerel, d’autre part. Alexandre, avocat des trois Cacquerel défendeurs déclarent alors que Jehanne de Montigny, « qui est la principale partie » audit procès est « allée de vie à trépas ».

52 Lorsque Cacquerel loue ces terres, elles sont en « bois et larris ». Puis un acte de 1540 parle de « 120 arpents de terre dans les savarts de Palesne » : ces terres sont donc alors des terres incultes et en friche. Voir Arch. Nat. R4131, liasse Cuise, 13.03.1540, aveu et dénombrement par Philibert de Crévecoeur du fief de Belliole, à Palesne.

53 Arch. Nat., Z1E321.

54 L’ensemble des enfants de Nicolas Cacquerel sont cités une sentence de 1491 concernant le fief de Vaucourtois, situé à Feigneux (Archives Nationales, R4107). Claude Girard, fille de Pierre Girard et Jacqueline Caquerel, avait épousé Christophe de Cochet, seigneur de Javages (sans doute Javage, à Faverolles) qui était apparenté aux verriers puisqu’une fils d’une Jacqueline de Brion, dame de Largny, dont on ne sait rien. C’est ensuite leur fils Claude de Cochet qui posséda le Four d’en Haut, par donation faite par Claude Girard en 1561, puis par le testament de Christophe de Cochet en 1572. Claude de Cochet vendit ensuite en 1602 la maison du Four d’en Haut à son frère Anne de Cochet, seigneur de Russonn qui y demeurait en 1606 (BNF, Dossiers Bleus, 198). François de Cochet, seigneur du Quesnoy, fils de Anne de Cochet, habitait encore le Four d’en Haut en 1619.

55 Bibl. Mun. Compiègne, Fonds Léré, VDC XVII/5. Les preuves de noblesse de la famille Cochet mentionnent plutôt un arrêt du 20 février 1554 en faveur de Christophe de Cochet, écuyer, et Claude Girard sa femme, seigneur et dame du Four d’en Haut.  en plus de lettres royaux datées du 19 avril 1544 en faveur de Chris

56 Certaines textes concernant le Four d’en Haut, qui font partie de la même collection sont datés de 1816.

57 Arch. Dep. Oise H5734.

58 Vente par François de Courtignon, seigneur de Bitry en partie, Charlotte de Certieux à Marguerite Davril et sa sœur Marie d’une maison à Vaudrampont tenant au sieur de Vaudrampont, en 1596. Charlotte de Certieux avait épousé en premières noces Antoine Foucault. Cité par Luguet, Arch. Dep. Aisne, 4J248/2 : la minute originale est dans le minutier Picart, de Vic-sur-Aisne, à la date du 23 mars 1596.

59 La première mention de cette famille remonte à Jehan Fouquaut « faiseur de verres », qui exploitait en 1416 le four à verre de Champthibault à Oizon (Cher). Sur les seigneurs d’Orrouy, voir Louis Laîné « Archives généalogiques de la noblesse de France », tome troisième, Paris, 1830, article Foucault. Les seigneurs d’Orrouy étaient originaires de Nogent sur Vernisson.

60 Jean Foucault était seigneur d’Orrouy et des Esluats. Il avait épousé Catherine (alias Marie)de Bryon, sans doute issue d’une famille de verriers. Voir Laîné, ibidem.

61 Dans les preuves de noblesse de la famille de Foucault d’Orrouy il y a mention du contrat de mariage de Jean Foucault avec Catherine de Bryon en 1514, dans lequel est mentionné son parent Estienne Foucault (Bibliothèque Nationale, Man. Fr. 29821, Dossiers Bleus 276). Il apparait ensuite dans un rôle de l’arrière ban de la noblesse de la châtellenie de Compiègne, en 1523 (Bibliothèque Nationale, Man. Fr. 30923, Cabinet de d’Hozier 42, liasse Berthélémy). Ce prénom avait été porté par un autre Estienne Foucault verrier près de Montmorillon dans la Vienne en 1454. Voir « Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest », tome XIX, 1896.

62 On identifiera Louis Foucault à ce « maistre Louis Foucault » cité en 1542 avec ses enfants mineurs comme veuf de Jacqueline de Rigauville de Bienville (Arch. Nat R4131, liasse Bienville, dénombrement du fief de la Tour d’Oisy dit de Rigauville). Les verriers de la forêt de Compiègne ayant à cette époque précise noué plusieurs alliances avec la famille seigneuriale de Bienville (Jean Cacquerel époux de Jacqueline de Berthélémy, Antoine Brossart époux de Christine de Berthélémy, Jacqueline Cacquerel épouse de Jean de Rigauville),

63 L’objet du litige n’est pas précisé. Seule indication : les documents fournis par Jean Cacquerel à cette occasion sont les mêmes que ceux présentés lors du procès qui l’opposait à sa belle-mère Jeanne de Montigny. Il s’agit donc d’un litige lié aux droits d’usage du Four d’en Haut.

64 Arch. Dep. Oise H3619.

65 Arch. Dep. Oise H3950.

66 Arch. Dep. Oise H3733.

67 Bibl. Nat, Manuscrit Occidentaux, Dossiers Bleus 44, dossier 2150.

68 Le fief Cacquerel, de Dampleux est cité dans un document de 1673. Voir Arch. Nat. R4 95, liasse Dampleux.

69 Les Calois  étaient au XVIè siècle la famille seigneuriale d’Eméville, autrefois Déméville.

70 Henri de Ménéac possédait alors le fief de la Follye. Voir Arch. Dep. Oise, H6749.

71 Ce fief de Vaucourtois relevait du fief de Noue appartenant aux descendants de Nicolas Cacquerel. La maison de la Fosse appartenait à la censive de l’abbaye de Morienval. Voir Arch. Nat. R4 102 : « Item audit Faussemont (…) une maison et lieu séant au lieudit la Fosse où demeure à pnt noble homme Jehan Brossart ».

72 Arch. Nat. R4 106 Liasse Saint Clément.

72bisLa généalogie de cette famille Berthélémy, seigneurs de Bienville, est assez bien connue pour le XVIè siècle grâce à un dossier conservé au Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale (Ms. Fr. 30923, Cabinet de d’Hozier 42). Christine de Berthélémy était la fille de Charles de Berthélémy, seigneur de Bienville, et d’Isabelle d’Agincourt, mariés en 1499. En revanche cette généalogie ne fait curieusement apparaître aucune Jacqueline de Berthélémy, ni aucune autre fille Berthélémy mariée à un Jean Cacquerel. Dans cette généalogie Berthélémy, on trouve un lien avec la famille de Lignières, également présente dans les généalogies des verriers Brossard et Gaullier. La tante de Christine de Berthélémy, Jeanne de Berthélémy, avait épousé Walerand de Lignières, fils de Gérard de Lignières. A la même époque la soeur de Walerand, Philippote de Lignières, avait épousé un verrier du nom de Pierre Gaullier, seigneur de Grisolles. Enfin une Antoinette de Lignières avait épousé en 1557 le verrier Nicolas de Brossart, souche des verriers du nom de Brossard qui travaillaient à la verrerie de Saint-Gobain au début du XVIIè siècle.

73 A. Ponthieux, « Les Origines du Four à verre de Carlepont », Comité archéologique et historique de Noyon. 1928 tome XXVI. Cette verrerie créée par les évêques de Noyon était opérée par Jean de Brossart en 1515, puis par son fils Etienne.

74 Archives Nationales, R4 101.

75 Esmont avait épousé Madeleine de Brossart, comme il est écrit dans le contrat de mariage de leur fils Jacob avec Suzanne de Leval. Voir Arch. Dep. Aisne, Bailliage de Vermandois, acte du 06.01.1639.

76 Arch. Dep. Aisne, Bailliage de Vermandois, acte du 12.08.1602.

77 Bibliothèque Nationale, Mf fr 32400 à 32406. Merci à Patrick Gossein.

77bis Cette branche de la famille de Brossard continua à prendre les titres de « sr de la Fosse » ou de « sr de Bienville ». Ainsi le 6 janvier 1639, Jacob de Brossart, écuyer, seigneur de la Fosse, demeurant à Charlefontaine, paroisse de Saint Gobain, enregistre son contrat de mariage avec Suzanne Delval, veuve de Jacob du Thizac. L’époux est assisté de damoiselle Madeleine de Brossart, veuve de défunt Emond de Brossart, vivant écuyer, seigneur de la Fosse, sa mère (voir note 75), Engrand de Brossart, écuyer, seigneur de Fredevalle, son oncle, et Antoine de Brossart, aussi écuyer, son frère, d’une part. L’épouse est assistée de Pierre Delval, écuyer, seigneur dudit lieu, son frère, et Jacques de Bongart, écuyer, son neveu. Ainsi le 5 novembre 1661 est enregistré le contrat de mariage de Jacques du Thézacq, écuyer, « sr de Piceleu », fils de Jacob du Thézacq, écuyer, « sr de Piceleu » et de Suzanne Delval, remarié à Jacob de Brossart, écuyer, « sr de la Fosse », demeurant à Lombray, paroisse de Camelin, d’une part, avec Jeanne de Barenton, fille de Charles de Barenton, écuyer, et de Antoinette de Boffle, remariée à Antoine de Brossart, écuyer, « sr de Bienville », assistée d’Antoine de Brossart son frère maternel. On ne connaît pas l’ascendance exacte de ces deux Antoine de Brossart lors de la recherche de la noblesse par l’intendant Dorieux, Antoine de Brossart, seigneur de Bienville, demeurant à Moulins sous Touvent, affiche des preuves remontant à 1540, sur 5 générations, et est jugé noble le 22 juin 1667, après quelques contestations. Antoine de Brossart avait apporté les mêmes prouves que les Brossart de Monthue, de Prouville, de Bazinval et des Aunettes, avec qui il partageait donc sons ascendance.

78 Arch. Nat. R4962. Acte non daté (1475). Aveu et dénombrement du fief de Fleury par Jean de Fresnes.

79 Arch. Nat. R4962. Acte du 16 novembre 1459. Décret du fief de Fleury. Jean Cacquerel possède alors des terres près de « la Grangette ».

80 Des hoirs Jehan Testard sont d’ailleurs mentionnés à Fleury à l’époque : Cacquerel aurait pu s’établir à Fleury parce qu’il y possédait des héritages, à cause de sa femme. Voir aussi notes 47 et 48 de la première partie de l’article. Banru (commune de Montigny-Lengrain, Aisne) est un fief qui appartint ensuite à Michel Brion épouse de Mariette de Cacquerel, petite-fille de Jean Cacquerel et Ysabeline Testard.

81 Curieusement, certains descendants d’Oudin Cacquerel ont pris le nom de seigneurs de Dampleu (qui est également un village de la forêt de Retz où est signalé un « fief Cacquerel») lorsqu’ils se firent ériger un fief qu’ils nommèrent ainsi en forêt de Compiègne au début du XVIè siècle : le lien familial des verriers de la forêt de Compiègne avec les verriers de la forêt de Retz semble donc proche.

82 Plusieurs membres de cette famille étaient présents à Beauvais à la fin du XVIè siècle: Simon Bucquet, « maistre vitrier rue St Jean », Robert Bucquet, peintre verrier. Voir Victor Leblond, « L’art et les artistes en Ile de France », Paris, 1921.

83 Il s’agit à notre connaissance de la seule mention de cette famille de Monthieux dans une activité de fabrication du verre. Une famille seigneuriale de ce nom est mentionnée à la même époque à Ardenais (Cher) mais rien ne prouve qu’il ne s’agisse de la même famille. Faut-il voir dans ces deux frères des verriers italiens du nom de Matteo ou Mutio, parents de Giralamo Matteo, verrier du Piémont qui avait créé une verrerie en Poitou en 1557, ou de Ludovico et Theseo Mutio, verriers à Saint Germain en Laye à partir de 1551 ? Monthieux est-il d’ailleurs le véritable patronyme de ces deux verriers ?

84 Cela a été souligné pour la Normandie par Michel Philippe, ibidem.

85 Une liste des héritages situés à Pisseleux, rédigée en pleine guerre de Cent Ans (1428), ne contient aucun nom connu de verrier. Cette liste est d’ailleurs symptomatique de la situation des villages de la région à cette époque : près de la moitié des biens sont en ruine.

86 Gérard de Thézacq est généralement considéré comme le fils du verrier lorrain Jean de Thysac et d’Alix de Barisey. C’est donc un des ses frères, Robert (alias François), qui serait allé à Venise et aurait rapporté en Lorraine les secrets de fabrication du verre cristallin, puis fondé la verrerie de Frizon.

87 Archives Nationales, R495.

88 Bulletin de la Société Historique de Compiègne, volume 15, 1913.

89 Il semblerait que le lieu féodal de Pisseleux n’était pas la maison du Cygne mais « une masure où est une vieille tour », baillée par le chapitre de Senlis à Jean de Santerre en 1469. Voir Arch. Dep. Oise G2298. Ce fief dit de « la Tour » appartenait en 1555 à la veuve et aux héritiers de Claude (sic) « du Tesac ». Les Thézacq possédaient aussi des biens à Saconin et à Breuil, près de Soissons, peut-être acquis par mariage. En 1606, les descendants de Gérard vendent effectivement certaines de leurs terres de Breuil à de Joyeuse, seigneur de Montgobert.

90 Arch. Dep. Oise H5701.

91 Faut-il donc voir en Nicolas Brissart le verrier qui faisait fonctionner la verrerie de Vieux-Moulin, fouillée par A-V. Sautai-Dossin en 1973 ? Cette famille Brissart est peu connue des généalogies verrières. Nicolas Brissart serait à rapprocher d’une Jeanne Brissart, qui avait épousé quelques années plus tard François de  Cacquerel, seigneur en partie de Bonneuil-en-Valois, mais surtout d’un Barthélémy Brissard, verrier à Somsois (Marne) en 1572 (voir « Mémoires de la société académique d’agriculture, des sciences, art et belles-lettres du département de l’Aube », volumes 92-93, 1930).

92 Un Guillaume Destrez, laboureur à Pisseleux, est cité en 1514 dans une enquête relative au fief de Queue à Coyolles. Voir Arch. Nat. R495. Parmi les descendants de Michel Destrés, il y a sans doute ce Denis Destrées qui possédait avec Jehan Gosset, Pierre Gosset et Nicolas de la Granche les terres précédemment possédées par Michel Destrées. Il y avait une famille noble Destrées à Vez et à Fleury au XVè siècle (voir Arch. Nat R4962) mais il ne semble pas que ce soit d’elle dont il s’agit ici.

92
Arch. Nat., minutier central, MC/ET/XXXIII/6, 12 septembre 1521, inventaire après décès de François Le Flament, avocat en parlement, demeurant rue Saint-Jacques, en l’hôtel du Bec, dressé à la requête de Louise Le Coincte, femme de Girard du Tyseau, seigneur de Pisseleu, et de Jeanne Le Coincte, veuve de Jean de Saint-Laurens, seigneur des Essars, héritière du défunt.

93 En 1298, Maître Giroux de Pisseleux obtient de Charles, comte de Valois, le droit de donner sa maison (future maison du Cygne) à une église ou une maladrerie. La maison jouxte alors le manoir de feu « Robert Testart ». C’est donc aux religieux de Lieu-Restauré que Giroux de Pisseleux donna la maison. En 1308, Charles, comte de Valois, abandonne tous ses droits sur la donation qui leur avait été faite. Voir Arch. Dep. Oise H5699. Il s’agit sans doute du même Robert Testart que celui qui a donné son nom à la « voie Robert Testart », située à Largny, et dont plusieurs documents du XVIè siècle font état. En 1428, un « Jehan Testart » habite la « maison de lange » à Pisseleux.

94 Philippe « du Thizac » , dont il sera question par la suite, est seigneur de Pisseleu et de Largny lors de la rédaction de la coutume de Valois en 1539. Voir le « Nouveau coutumier général », tome second.

95 Archives Nationales, PP119, fol.37. Mentionné par le « Catalogue des actes de François 1er ».

96 Archives Nationales, R4135

97 En Normandie par exemple : Guillaume Cacquerel s’était établi en forêt de Lyons et y avait fait souche. Dans le Nivernais aussi : un Antoine Cacquerel originaire du Valois avait exercé à Saint-Fargeau dans la Nièvre.

98 Pour la mention de « noble homme Regne Bongard escuier demeurant à Pisseleu », voir Arch. Dep. Oise H3281. Il faut noter qu’un verrier de ce nom exerçait en 1527 à Veaugues, dans le Sancerrois (département du Cher). Voir Michel Philippe, « Naissance de la verrerie moderne ». Les Bongard étaient originaires du Berry, où un Bongard exploitait en 1399 la verrerie de Champthibault. Cette famille de verriers était déjà très dispersée au début du XVIè siècle : ils exerçaient dans le Nivernais, dans les Ardennes, en Normandie puis sans doute en Thiérache. Dès 1508, Pierre de Bongard, qui était verrier au Four-Gérard, à Signy le Petit dans les Ardennes, est en parenté avec les Bongard normands établis avec les Vaillant à la verrerie de Thelle au Coudray-Saint-Germer. Voir Arch. Nat. T1506/4.

99 D’une famille établie à la fin du XVè siècle à la verrerie de Brix, dans le Cotentin. A rapprocher d’un Jean de Belleville, verrier, qui travailla à la Ferrière-Harenc près de Bény Bocage (Calvados) dans une verrerie appartenant aux Le Vaillant (voir note ci-après). Son frère Pierre de Belleville travaillait vers 1510 avec son parent Jean de Cacqueray (fils du valoisien Guillaume Cacquerel) à la verrerie de Bézu la Forêt.

100 Les Vaillant, d’origine normande, auraient également été présents en Thiérache à cette époque. Ainsi, un contrat de mariage conservé au Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale mentionne un certain Jacques « de Vaillant, écuyer », présent en 1538 au contrat de mariage de sa cousine Marie de Liège avec le verrier Mathieu de Laigret, demeurant au four à verres de Beaulieu, à Clairfontaine. D’Hozier pense cependant que cet acte est un faux, ce qui semble effectivement probable.

101 Archives départementales de l’Aisne, F10.

102 Arch. Dep. Oise 2E40/103, archives de maître Gosset, notaire à Villers-Cotterêts. Ces deux verriers n’ont pu être identifiés.

103 Antoine de Thézacq est décédé avant 1582. Sa veuve Marie Talon teste en 1615 laissant une fille, marié à Jean de Chabannes.

104 Aujourd’hui Le Faubaton, commune de la Férée, Ardennes.

105 Abraham de Thézacq est « jeune fils à marier » en 1593 (Arch. Dep. Oise 2E40/106). Est-ce un autre Abraham de Thézacq  qui est cité en 1597, comme veuf de Jeanne LEROUX (Arch. Dep. Aisne 213E133) ?

3 Denis Rolland, « Le fief de Queue à Coyolles, à la fin du XVè siècle » in « Mémoires de  la fédération des sociétés historiques de l’Aisne », tome XLVI, 2001.

107 Philippe de Thézacq était seigneur de Largny en 1539 lors de la rédaction de la coutume de Valois (mais on ne sait pas de quel fief, il y en avait plusieurs à Largny). Est-ce par héritage de Nicolas ?  A noter qu’un couple Cacquerel – Testart avait des biens à Largny dans la seconde moitié du XVème siècle : Marie Bernarde, veuve de Jean Cacquerel, possédait à surcens des terres appartenant aux religieux de Bourgfontaine. Voir Arch. Nat. LL 1487. On pense également que Robert Cacquerel, associé de Gérard de Thézacq, était le fils de Jean Cacquerel et Ysabeline Testard.

108 Arch. Nat. R4962.

109 Arch. Nat. R4962.

110 Gabriel du Sable était lié par sa femme à la famille Grimonval, qui apparaît ensuite régulièrement dans la parenté des verriers valoisiens (voir tableau Grimonval – du Sable). Il était le père du poète Guillaume du Sable, gentilhomme de la vénerie du roi et auteur de « La Muse Chasseresse », qui n’est donc pas origine de l’Agenais, comme cela a parfois été écrit. Les origines de cette famille du Sable restent inconnue. En 1517, Antoine du Sable habitait à Pierrefonds à proximité de la verrerie de la Folie. Un Denis du Sable, également présent à Pierrefonds à cette époque est cité comme ayant effectué des transactions avec les Brion de Roy-Saint-Nicolas, descendants des Cacquerel. La famille venait sans doute du Beauvaisis car Denis du Sable, seigneur de « la Mothe au Bois en Valois » (fief non localisé) possédait des biens à « Rieux en Beauvaisis » (voir Collection des documents pour servir à l’histoire des hôpitaux de Paris, 1883). Enfin, dans la seconde moitié du XVIè siècle, trois filles du Sable épousèrent des verriers ou des parents de verriers: Marguerite du Sable épousa François de Cacquerel, sa soeur Suzanne du Sable épousa Jacques de Thézacq et leur nièce Suzanne du Sable épousa un Nuisement, d’une famille par ailleurs alliée à la même époque à un verrier thiérachois nommé de Liège.

111 Quelques documents mentionnent d’autres membres de la famille Cacquerel qui ne peuvent à l’heure actuelle être rattachés aux généalogies existantes. Parmi eux : Jean Cacquerel, époux de Jeanne de Fransieres qui vend en 1515 un quart de la seigneurie de Rouville ; « damoiselle Jeanne de Cacquerel », veuve en premières noces de Jean de Pinon et en secondes noces de Jean de Herpons, qui doit en 1547 trois muids et demi de grains à Jacques de la Haye, seigneur de Mortefontaine en partie (Arch. Dep. Aisne 4J128 tome 2) ; « damoiselle Jacqueline de Caqueret », qui demeurait à Déméville avec son époux Jean de Rigauville en 1587 (ibidem). Sa fille Charlotte de Rigauville , épouse de François de Bichenay, seigneur de Bonneuil-en-Valois en partie, puis de Charles de Fermerye fut dame de Mainville, à Ressons-le-Long. On rapprochera donc « Jacqueline de Caqueret » d’une autre personne du même nom, qui habitait en 1578 à Ressons-le-Long avec son mari « Regno de Scoton » mais aussi d’Antoine de Cacquerel qui possédait en 1555 à cause de Barbe de Boffles sa femme le fief d’ « Emyvele » (c’est à dire Mainville, peut-être une déformation de Déméville) à Ressons-le-Long (Arch. Nat R4155).

112 Ses trois enfants sont en effet cités comme détenteurs de ces deux fiefs du Vivier et de Jossigny dans un rôle de l’arrière-ban de la noblesse de Valois, daté de 1555. Le revenu annuel était de 120 livres tournois, soit nettement plus que l’autre fief possédé par les Cacquerel, la Follye, dont le même document estime le revenu à 15 livres tournois. Voir Arch. Nat. R4155. Dans un terrier de la seigneurie de Bonneuil-en-Valois appartenant au prieuré Saint-Arnoult de Crépy-en-Valois, daté de 1548, sont cités « Done Cacquerel, escuyer », qui possède des terres au lieudit la Maladrerie, « les hoirs Cacquerel », « Jean Cacquerel » et « les hoirs damoiselle Marguerite de Montagny ». Voir Arch. Dep. Oise H2826.

113 Arch. Nat, R4130.

115 D’après les notes de Bernard Ancien conservées à la bibliothèque la Société Historique et Archéologique de Soissons, on pouvait toujours voir en 1914 dans l’église de Faverolles l’épitaphe suivante: « Ci-gist Jehan de Beauvais luy vivant écuyer sr de Faverolles et de Billy sur Ourcq en partie qui a faict baptir cette chapelle en l’an 1545 et décédé de ce siècle (le) premier jour de may 1577 et damoiselle Marie de Thezac sa femme, laquelle décéda le 12 jour de juin 1564 ». La généalogie de Beauvais se retrouve au Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale, Ms. Fr 26736, Pièces Originales 252 (vue 197).

116 Le fils de Pierre de Grimonval, François, épousa une Brossard de la Fosse, et les filles de François, Louise et Madeleine de Grimonval épousèrent des membres de la famille Brossard de Charlefontaine.

117 La famille Talon ou Tallon est une famille roturière dont le berceau est sans doute Ivors. En 1521 sont cités à Ivors: Robert Tallon, les hoirs Jacob Tallon, Pierre Tallon, Jehan Tallon, les hoirs Thévenot Tallon, Antoine Tallon et Estienne Tallon.

118 Antoine avait épousé le 17 juillet 1586 Suzanne Dupuis, d’une famille anoblie par Charles IX en 1567, originaire des environs d’Estrées-Saint-Denis. Voir « Epigraphie du canton d’Estrées-Saint-Denis » dans Bulletin de la Société Historique de Compiègne, bulletin XVI, 1914-1920, p 125-127. Dans cet article Antoine de Cacquerel est dit seigneur de Taillefontaine, mais aussi de Jossigny, ce qui le rattache inconstestablement aux Cacquerel de Bonneuil-en-Valois, qui avaient possédé ce fief.  Jossigny appartint ensuite (ou appartenait en partie) au verrier Jean Brossart de Charlefontaine, époux d’une Marguerite Cacquerel dont on ne sait rien, qui le vendit ensuite à un certain de Villiers, seigneur de Grimancourt. On connaît plusieurs mentions de ce Jean Brossart dans le Valois : un marchand de Déméville lui vend une rente en 1583 sur une maison située à Déméville (Arch. Dep. Oise 2E40/103) ; il apparaît également comme témoin au contrat de mariage de son cousin Toussaint de Colnet avec Françoise de Cacquerel (voir note 45).

119 Archives Nationales, R4138, liasse Taillefontaine.

120 Amaury Colnet était marié à une Christine Cacquerel dont on ne sait rien.

121 Lorsqu’en 1606 Toussaint de Colnet, frère d’Amaury, signe son contrat de mariage avec Françoise de CaCquerel, Jean de Brossard, verrier à Charlefontaine, et seigneur de Bonneuil-en-Valois en partie, est présent et qualifié de cousin de Toussaint de Colnet. Une explication possible à cette parenté pourrait être l’alliance en 1549 d’une Françoise de Brossard avec le verrier Jean Colnet, fils de François, sieur de Quiquengrogne, demeurant à la Flamengrie près de la Capelle. D’autres alliances Colnet-Brossard sont mentionnées au XVIè siècle, dont l’alliance entre une Brossard normande et un verrier Colnet dont on ignore le prénom.

122 Ils sont mentionnés comme tels dans les privilèges accordés par Henri IV aux verriers de Charlefontaine.

123 Il s’agit de la fontaine dite de la Muette. La maison louée par Colnet se nommait également La Muette. Voir Arch. Nat. R4962.

124 Archives Nationales, Z1E 360.

125 Mention en est faite dans un arrêt de la chambre des requêtes du roi daté du 2 avril 1639 (voir Hennezel d’Ormois, « Gentilhommes verriers de Haute-Picardie »). Ces lettres patentes n’ont pu être retrouvées, le registre d’enregistrement des actes royaux concernant les eaux et forêts étant lacunaire pour cette période.

126 Un membre de cette famille, Jean Gaulier, est le premier maître de la verrerie de Charlefontaine dont le nom nous soit parvenu. Il obtient des lettres de privilèges royaux en 1438. Les Gaulier furent maintenus dans leur noblesse par Dorieu le 29.11.1667 puis par le Conseil d’Etat le 12.03.1669, sur preuves datant de 1543. Voir Nobiliaire du Soissonnais, AD Aisne, 8°1485. Dans la collection Chérin du Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale, il y a un dossier qui donne une généalogie des Gaullier, commençant à Antoine de Gaullier, écuyer, seigneur de Grisolles en 1494, et qui est sans doute à prendre avec précaution. Une note de la main de Chérin, après la description du premier titre dit : « Ce titre est faux, ainsi que les suivants qui composent les 4 premiers degrés de cette généalogie ». Les Gaullier ont eu une alliance avec les Brossard quand Antoine de Gaullier épouse en 1530 Marie (ou Renée) de Brossard, veuve de Jehannet de Bongard, écuyer. On ne connait sait identifier ni Marie de Brossard, ni Jehannet de Bongard dans les généalogies de leurs familles respectives. Les témoins du contrat de mariage sont les fils de Marie : Jean de Bongard et Georges de Bongard. A la même époque Charles de Gaullier, le frère d’Antoine, épouse Anne de Bongard

127 Toussaint était vraisemblablement le frère aîné car il portait comme son père le titre de seigneur de la Loge. Le fief de la Loge était situé près de Chimay. Il s’agit sans doute de la Loge Wactieaux, où un Toussaint Colnet est cité en 1587.

128 AD Aisne, 213E139. Une copie de cet acte existe également sous la cote Bailliage de Vermandois 267 aux Archives Départementales de l’Aisne.

129 Arch. Dep. Aisne 5Mi1004.

129bis Toussaint de Colnet, que les registres paroissiaux de Noroy-sur-Ourcq nomment souvent simplement « Toussaint Collenet », était le troisième époux de Geneviève de Macrel, qui avait épousé Antoine de Vézier puis Jean de Bomban. Il était décédé avant 1634. Toussaint de Colnet eut au moins deux enfants : Antoinette, mariée à Christophe de Vézier, et Henri, qui épousa Marie Chrestien, d’où Michel de Colnet, baptisé à Noroy le 10 février 1647, qui épousa Marie de Cacquerel. Aucun document ne dit qu’Henri et Michel étaient des verriers.

130 La saisie de la seigneurie de Taillefontaine avait eu pour origine un épisode sanglant: le meurtre du seigneur de Gondreville par Antoine de Cacquerel, sans doute vers 1620. A la mort d’Antoine, survenue avant 1629, le tuteur de la succession demande la main-levée de la saisie de la seigneurie de Taillefontaine. Charles de Cacquerel avait quitté Taillefontaine avant 1621, date à laquelle il apparaît déjà en Argonne. Son départ pour l’Argonne est donc concomitant de la fermeture de la verrerie de Fleury, dernière verrerie du Valois.

131 « Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l’Europe », volume 65, 1909.

132 Cette branche de la famille Brossard est réputée être rattachée à la branche Brossard de Charlefontaine.

133 Acte de mariage du 11.02.1641 à Beaulieu-en-Argonne (55) : mariage de « nobilem virum Carolum de Cacquerelle de parochanum de Boreile » et « Fransciscam du Hou de Couru ». Boreile correspond à Boureuilles, village proche du four de la Chalade. Couru correspond à la verrerie de Courupt. Merci à Alain Vinot pour la communication et la transcription de ce document.

134 Cette famille semble roturière. On rapprochera par exemple cette Marie Bécart de Laurent Bécart, clerc de l’église d’Ormoy-Emmi-Les-Champs (Ormoy-Villers) en 1651. Voir Arch. Nat. R4103.

135 Ils produisirent des titres sur quatre générations et furent maintenus dans leur noblesse par de Machault.

136 Revue historique, nobiliaire et biographique. Tome dixième, Paris, 1875. p163.

137 Est-ce pour cette raison qu’en 1672, un procés verbal de visite de réformation de la forêt de Retz mentionne que la maison des Fourneaux « ne sert que de retraite aux délinquants » ? Voir Arch. Nat. R4 232.

138 Ce ne fut pas le cas de les verriers de Thiérache où leurs descendants eurent à subir les mêmes difficultés: Bongard, du Nouvion, « a abandonné le pays dès son assignation »; Nicolas Vaillant, du Nouvion également, « est allé demeurer en Lorraine aussitôt l’assignation. C’est un pauvre gentilhomme verrier »; La veuve et héritiers d’Abraham Dorlodot ainsi que Marie Lefeuve, veuve de Louis Dorlodot, de Saint-Gobain, sont condamnés à 200 livres d’amende, qu’ils sont incapables de payer « ne s’étant rien trouvé dans leur maison lorsque l’huissier s’y est transporté ». Ces deux Dorlodot sont les enfants du verrier de Fleury Charles Dorlodot et de Jeanne de Brossard .

139 Les Vezier sont à la fois liés aux Bomban et aux Colnet : ils descendent de Geneviève de Macrel, femme de Antoine de Vezier, de Jean de Bomban puis de Toussaint de Colnet.

140 « D’argent, à deux lions affrontés de sable ; au chef d’azur, chargé de deux étaies d’or, chacune surmontant une fleur de lys d’argent ».

Une réflexion au sujet de « Verreries et verriers en forêt de Compiègne et de Retz (XIVè – XVIIè siècle) »

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