La « Grand’Maison » de l’évêque Pierre d’Ailly à Morienval (1400)

Le nom du cardinal Pierre d’Ailly est familier des habitants de la région de Compiègne, où un lycée porte son nom. Originaire de Compiègne, Pierre d’Ailly possédait des biens aux alentours, et notamment à Morienval. En parlant du « fief de la Grand’Maison », également appelé le « fief de Chastres », situé à Morienval, l’historien du Valois Carlier écrit d’ailleurs : « J’ai lu dans un dénombrement de 1400 que ce fief fut à maître Pierre d’Ailly, évêque de Cambrai ». Aubrelicque, dans une étude biographique sur le Cardinal d’Ailly, paru dans un Bulletin de la Société Historique de Compiègne, mentionne le même document, qu’il date de 1402 et qualifie de vente.

pierred'ailly

Effectivement, deux copies d’un tel document existent et sont conservées aux Archives Nationales, dans les archives de l’apanage d’Orléans (Archives Nationales, R4/101). Carlier a raison sur la date, puisque l’acte a été rédigé en septembre 1400, mais Aubrelicque a raison sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un dénombrement: il s’agit d’une donation. L’un des deux exemplaires du document, daté de septembre 1400 et rangé dans une liasse concernant le fief de « La Grand’Maison » ou « de Chastres » à Morienval, nous montre « Pierre, évêque de Cambray, comte de Cambrésis«  donner aux religieux de Saint-Pierre-en-Chastres une « maison jardin vivier vingne grange et coulombier et tout le lieu Monseigneur l’évêque avoit séans en la ville de Morgneval », ainsi que les revenus (cens, rentes, revenus) qui s’y rattachaient. Ce don n’avait d’autre contrepartie que le devoir pour les religieux de Saint-Pierre-en-Chastres de faire dire 3 messes par an pour le roi, une pour Pierre d’Ailly, et une pour Colart d’Ailly et sa femme Péronne, ses père et mère. Un autre document de la même liasse, daté du 15 septembre 1400, nous apprend qu’il s’agit d’un fief et l’inféode aux religieux de Chastres.

Nous n’avons pas retrouvé la trace de l’acquisition du fief par la famille d’Ailly mais Aubrelicque mentionne le fait que Pierre d’Ailly avait acquis ces biens le 19 décembre 1378. Il avait donc dû les acquérir de l’écuyer Pierre de Villiers, qui en avait fait la déclaration lors du dénombrement du duché de Valois, le 17 août 1376. A l’époque les biens sont décrits comme « une masure la cour le courtil et pré (…) vaulx environ 20 sols parisis de rente ». Pierre d’Ailly avait donc fait rebâtir la « masure », qui vingt-cinq ans plus tard est qualifiée de « maison » ou « d’hostel ». Pierre de Villiers déclare par la même occasion une rente annuelle d’un « muid de bled » qu’il a le droit de prendre sur le moulin d’Ancienpont, situé à Morienval. Or, le 4 août 1399, Pierre d’Ailly donne quittance au pour le paiement de la même rente.

A la suite de la donation de 1400, le fief pris le nom de fief de Chastres. Les célestins de Saint-Pierre-en-Chastres le déclarent en 1529 au terrier de Valois. Curieusement, ils ne disent posséder que la moitié de la maison (« la moitié d’une maison grange estable cour coulombier jardin lieu et pourpris (…) en la rue Mre Ancel tenant d’une part à ladite rue (…) d’autre à la rue des lompars (…) aboutant d’un bout par hault au grand chemin et d’autre à la rue Mre Ancel »).

Les célestins font une procuration en 1593 afin de vendre la Grand’Maison. A l’époque elle était baillée à « honorable homme » Pierre de la Granche. En 1612, c’est Antoine Roze, fourier de l’écurie du roi, qui en fournit l’aveu et dénombrement. Il avait acheté le fief par décret au Châtelet de Paris le 14 juillet 1604. Le document de 1612 décrit à nouveau la  situation de la maison (décrite également sur deux plans conservés aux Archives Départementales de l’Oise – plans 1229/2 et 1229/9) et reproduits partiellement par Dominique Lebée dans son « Histoire de l’Abbaye Royale Notre-Dame de Morienval et de sa paroisse ») : « une maison, court, granche, étable, colombier, jardin clos de vignes dans lequel il y a fontaine (…) sciz rue des Lombards, tenant d’un côté à l’abbaye à cause d’un clos pardevant lequel passe un ruisseau, d’autre à des particuliers, d’un bout à la rue et à des particuliers, d’autres aux prés ». C’est sans doute l’entrée de la propriété qui se situait rue des Lombards (la rue porte toujours ce nom); la maison elle-même jouxtait l’actuelle rue des Trois-Couronnes (qui portait donc le nom de rue Ancel), comme on peut le voir aussi sur un troisième plan des Archives Départementales. Dominique Lebée a d’ailleurs photographié et reproduit les remarquables caves de l’ancien manoir, aux pages 62-63 de son ouvrage.

En 1646 c’est Estienne Roze, aumônier du roi, protonotaire apostolique, ancien chanoine de Saint-Benoît à Paris, qui présente son acte de foi et hommage pour « le fief de Chatres ». Ce dernier est condamné le 6 août 1650 par sentence du bailliage de Valois à payer au domaine de Valois deux septiers d’avoine de redevance annuelle. Après Estienne Roze, le fief passa à une famille Lemadre. François Lemadre, receveur de la terre et seigneurie de Vez le donna à son gendre Jacques-Emmanuel de la Granche, conseiller du roi, président en l’élection de Crépy, par contrat de mariage avec sa fille Marie Lemadre. Jacques-Emmanuel de la Granche présente son acte de foi et hommage le 3 février 1674, pour son fief de la Grand’Maison. Le fief passa ensuite aux trois filles de Jacques-Emmanuel, Claude-Françoise, Antoinette et Elisatbeth de la Granche, qui le revendirent à Charles Roguin, marchand à Boursonne. Ce dernier présente son acte de foi et hommage pour la Grand’Maison en 1724 (Archives Nationales, R4/101).

LKO

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